22 janvier 2006

LE MOSSAD - MUNICH 1972


Ali Hassan Salameh officier de liaison d'Arafat pour la Roumanie,
commandant de la Force 17 et cerveau exécutif de la prise d'otage en
1972 pendant les jeux olympiques de Munich, a été exécuté au terme
d'une longue traque de sept ans. Une traque menée par plusieurs
groupes d'agents israéliens, jamais confirmée ni infirmée par Israël.
A la tete de la « liste Golda », Salameh, comme tous les responsables
terroristes de Septembre Noir, n'échappera pas a la main vengeresse
du Mossad. Intelligence Post révele dans ce dossier plusieurs éléments
et détails quant a l'exécution de Salameh, sa fuite et son
organisation, ses erreurs et surtout, la maniere et la méthode du
Mossad pour le liquider sans le rater une énieme fois, une analyse de
Jean-Paul Ney. En deuxieme partie, Jalil Anjum nous propose un
article qui résume l'affaire de Munich, ses tenants et ses
aboutissants. En troisieme partie, Jean-Paul Ney qui a assisté a la
projection de presse du film de Steven Spielberg, nous propose une
critique fort bien éclairée avec son point de vue de la question dont
il est aujourd'hui un spécialiste reconnu.


I ). La liquidation d'Ali Hassan Salameh, cerveau de la prise d'otages
de Munich

Aout 1972, le monde entier attend impatiemment l'ouverture des Jeux
Olympiques de Munich, fait symbolique s'il en est, une délégation
d'athletes israéliens sera présente et la presse se focalise sur
l'équipe et ce petit pays toujours en guerre. Côté sécurité, les
autorités autrichiennes et allemandes se sont fait tirer l'oreille
pour intégrer a leurs effectifs les meilleurs spécialistes en matiere
de contre terrorisme venus de Tel-Aviv. Au final, les autorités
refusent de les recevoir, prétextant que la sécurité serait assurée,
l'un des responsables allemands affirmera meme que « Munich n'est pas
Beyrouth ». Toujours est-il que l'organisation de la sécurité se met
en place autour des axes traditionnels pour l'époque, c'est-a-dire la
tranquillité des participants et la sécurité des foules.

Au début des années 70, le terrorisme n'est pas encore une
préoccupation majeure pour les polices d'Europe, en effet, meme si
des groupes sont déja agissants, ils ne représentent pas encore le
probleme qu'ils deviendront dans les années suivantes. Les
israéliens, quant a eux, sont aux prises avec ces problemes depuis
plusieurs années déja et ont mené quelques opérations retentissantes.
Les Jeux commencent donc et rien ne se passe, jusqu'au début
septembre. Mais le 2 de ce mois, tout bascule : Un commando
palestinien - apparemment habillés en athletes - s'infiltre dans le
village olympique et prend des sportifs israéliens en otages.

Les polices allemandes et autrichiennes sont totalement pris au
dépourvu elles sont completement dépassées par la situation. En
effet, comment des policiers non préparés, non sensibilisés et
surtout totalement inconscients des capacités d'un groupe terroriste
pourraient - ils stopper des palestiniens bien préparés, entraînés et
agissant avec l'appui d'agents de la STASI infiltrés sur place ?

Tres vite les terroristes contrôlent les opérations, réussissant a
prendre un groupe d'haltérophiles en otages, un seul d'entre eux
réussira a prendre la fuite. Des cet instant, l'incompétence de la
police se fait sentir ; personne ne sait quoi faire, ni quel matériel
mettre en oeuvre…

Une fois de plus, les israéliens proposent de mettre a la disposition
des policiers locaux un spécialiste des opérations de contre-
terrorisme. Mais les policiers refusent, jaloux de leurs prérogatives
territoriales, c'est aussi une question d'honneur…

Le premier jour se passe dans la confusion la plus totale. Le
deuxieme jour, les choses bougent : les terroristes demandent un
hélicoptere qui puisse les emmener a l'aéroport ou un avion de ligne
doit les attendre. Les autorités locales font une premiere erreur en
leur donnant un hélicoptere qui est en mesure de contenir tout le
monde.

Le plan est de prendre les terroristes en embuscade des leur descente
de l'appareil, a l'aide de tireurs d'élite. Mais les tireurs en
question ne sont pas des professionnels et ne sont pas entraînés pour
effectuer un tir synchronisé efficace. Les terroristes arrivent sur
l'aéroport avec ce qui reste de leurs otages: ils sont nerveux et
tendus comme des cordes a piano.

Bien sur, aucune évaluation psychologique n'a été faite et c'est dans
ces conditions que les policiers vont agir. Une fois de plus, les
services israéliens proposent d'envoyer un spécialiste, qui est
d'ailleurs déja sur place. C'est non, définitif. Cependant,
l'officier israélien transmet a Tel-Aviv des informations alarmantes
sur ce qu'il a vu des préparatifs de l'aéroport, son analyse est
clair et précise : le dispositif tel quel donne seulement 10% de
chance de survie aux athletes…

Policiers sur les nerfs, autorités incompétentes, refus de
reconnaître un échec patent, hommes non préparés, armes pas adaptées…
le rapport affole Tel-Aviv qui se prépare au pire. Selon un
spécialiste de l'époque : « les tireurs ne sont guere plus que des
chasseurs du dimanche, et ils sont placés en dépit du bon sens »

Pour l'officier de Tel-Aviv, spectateur d'un désastre annoncé,
confirme une derniere fois que le drame va se jouer en direct,
malheureusement il aura raison.

L'hélicoptere est le sur le tarmac, moteur tournant, les terroristes
commencent a en descendre. Soudain un coup de feu se fait entendre et
fige les reporters sur place, il annonce le début de la fusillade.

Les palestiniens ripostent et commencent a tirer sur leurs otages.
Une grenade est lancée. L'opération ne dure qu'une minute, mais elle
a été suffisante pour que tous les otages soient tués, ainsi qu'un
policier allemand et quatre terroristes… Fiasco total.

Les trois membres restant du commando sont arretés, mais le prix de
cette capture est fort élevé, surtout quant on connaît la suite des
événements.

Le 29 octobre, un groupe du nom de FPLP, détourne un avion de ligne
de la Lufthansa avec ses passagers. Les pirates formulent leurs
exigences: ils veulent que leurs camarades du commando de Munich
soient relâchés immédiatement ou ils tueront tous les passagers.

Le message a été envoyé aux tours de contrôle de Nicosie, Athene
déclaré que le FPLP revendiquait l'opération Munich.

En fait, l'opération de Munich a été menée par un groupe issu de
Septembre Noir, l'organe d'action spécial du Fatah d'Arafat. Bien sur
l'Allemagne cede a l'ultimatum des terroristes et libere les trois
membres du commando, en les acheminant sous escorte jusqu'a un
aéroport ou un avion privé les attend.

Golda Meir, alors premier Ministre d'Israël, a demandé aux autorités
allemandes de ne pas céder, mais les allemands déclarent que «
l'opinion publique de leur pays ne supporterait pas un massacre dans
un avion de la Lufthansa ». Fin de non recevoir donc pour la dame de
fer du pays de David.

Mais l'ambiance est si exécrable entre les deux gouvernements que les
allemands pensent que des agents israéliens pourraient tenter de tuer
les membres restant du commando durant le transfert a l'aéroport.

La liste Golda et l'opération `Fontaine de Jouvence'

Trop c'est trop, en ce jour de deuil national en Israël, Golda Meir,
alors Premier Ministre, décide de venger la mort de ces innocents.
Elle fait appel a une équipe spécialisée du Mossad, la branche
Kidon Metsada, un groupement d'officiers traitants responsables des
combattants et du suivi des opérations. Cette branche, spécialisée
dans les exécutions et le kidnapping nommée 'la baionnette' va
traquer pendant plus de vingt ans les auteurs, complices et
assistants de ce terrible massacre. " Il faut savoir se battre, se
battre a mains nues, avec n'importe quel type d'arme en circulation,
avec un couteau, avec un stylo et meme une carte de crédit. Nous
devons manipuler les explosifs, les plus hautes techniques de
surveillance, de filtrage et de filature" conclue un officier
toujours en poste et qui fut l'un des auteurs de l'exécution d'Ali
Hassan Salameh, le cerveau de l'opération de Munich et chef du
commando Septembre Noir.

"Nous l'avons traqué sept ans, la plupart des Kidonim (nda: hommes et
femmes du Kidon) n'ont eu aucune vie privé pendant cette longue et
difficile traque. Ce fut tres long, énormément fastidieux et tres
épuisant, la moindre erreur pouvait tout faire basculer. Mais on
avait d'autres équipes a nos côtés, les services technologiques, la
logistique et notre réseau de sayanin ( nda: des coopérants juifs a
l'étranger), j'avais vingt-quatre ans a l'époque" ajoute-t-il avec un
brin de nostalgie

Devant tant d'incompétence et de lâcheté de la part du gouvernement
allemand, les responsables israéliens, Golda Meir en tete décident
qu'aucun de ceux qui ont participé, de pres ou de loin au massacre de
Munich ne devaient échapper a la vengeance d'Israël. Les responsables
devaient payer car s'ils parvenaient a en sortir indemne, ce serait
la porte ouverte a d'autres opérations plus meurtrieres encore. Il
fallait donc mettre un point final a cette affaire et délivrer un
message aux terroristes: " Non seulement vous allez devoir payer, mais
vous ne serrez plus en sécurité nulle part ".

Sur la base des informations fournies par divers services de
renseignements, le Mossad établit la liste de ceux qui doivent etre
liquidés : la liste des condamnés a mort.

Sur cette liste, on peut lire les noms suivants:

1) Wahil Zouaiter (il fut tué a Ronce en octobre 72).
2) Mahmoud Hamshari (tué en 73 a Chypre).
4) Ahou Zeid (tué en avril 72 a Athenes).
5) Al Qubeisi (tué en avril 73 a Paris).
6) Kamal Adwan (tué en avril 73 a Beyrouth).
7) Abou Youssouf (tué en avril 73 a Beyrouth).
8) Boutros Nassir (tué en avril 73 a Beyrouth).
9) Mohamed Boucha (tué en juin 73 a Paris).
10) Hassan Salameh (tué en janvier 79 Beyrouth).
11) Khalil AI Ouazir dit Abou Jihad (tué en avril 88 a Tunis).
12) Wadia Haddad (mourut d'une leucémie foudroyante a Berlin Est).
13) Ahou Ayad (tué en janvier 91 a Tunis, opposant au soutien
d'Arafat aux irakiens durant la guerre du Golfe, ces derniers se
chargent de l'exécuter).
14) Atef Bseisso (tué en juin 92 Paris).

Comme on le voit, les tueurs israéliens, bien renseignés et appuyés
par des réseaux de sayanims (coopérants du Mossad a l'étrangers,
ou d `honorables correspondants' ) furent efficaces dans presque tous
les cas. Seul le N°12 ne peut leur etre catégoriquement attribué
(quoique…).

Quant au N°13, il fut assassiné par des tueurs tres expérimentés
issus des services spéciaux irakiens, qui par la meme occasion
rendirent un service involontaire au Mossad.

L'opération "Fontaine de Jouvence" était lancée, elle allait
impliquer les meilleurs hommes du Mossad et de la sayeret Matkal,
dont Ehud Barak et Muki Betzer…

L'assassinat de Salameh

Abou Hassan Salameh n'est pas un client facile. D'une part, il est
tres méfiant mais en plus il bénéficie de l'aide occulte d'agents de
la CIA, dont son officier traitant, Robert Ames. Ce dernier trouvera
la mort le 18 avril 1983, avec 74 autres américains, dans un attentat
au camion piégé mené par le Hezbollah contre l'ambassade des Etats-
Unis a Beyrouth.

Salameh n'intéresse pas que les israéliens, en effet, depuis le
massacre de Damours ou plusieurs centaines de civils chrétiens furent
purement et simplement assassinés. Les Phalangistes des freres
Gemayel ont, juré sa mort. Les services secrets israéliens, ainsi que
des conseillers militaires séjournent en permanence a Jounieh, en
zone chrétienne. Pour Salameh, une telle communauté d'intéret
représente un danger supplémentaire: il devient plus prudent encore.
Beyrouth est une ville dangereuse, on y rencontre des gens venus de
divers horizons et meme au paroxysme de la guerre, la ville reste
cosmopolite. Dans cette ambiance, et fort des appuis qu'ils ont dans
le camp chrétien, les agents israéliens entrent et sortent de la
ville comme bon leur semble.

Salameh, qui vit a Beyrouth, y dispose de six appartements, tous
surveillés par ses compagnons et tous a Beyrouth Ouest en secteur
ami. Malgré cela, il lui arrive tres souvent de changer d'appartement
au dernier moment et cela lui sauvera la vie a plusieurs reprises.

Mais l'opiniâtreté, la ténacité et le mordant des agents israéliens
finira par payer, ils resteront tapis dans l'ombre a le surveiller et
attendre le bon moment…

Salameh est marié a une fort belle femme du nom de Georgina Rizek,
elle est connue dans tout le Liban et pour cause : elle a été élue
Miss Monde en 1970.

Par son entremise, Salameh finit par entrer en contact avec Solange
Gemayel et lui demande de proposer a son mari Béchir d'entamer des
négociations en vue de calmer les tensions meurtrieres qui regnent
entre chrétiens et palestiniens. A leur premiere rencontre, Salameh
propose a Béchir de cesser le combat, en échange de quoi les
Phalangistes le laisseraient installer des dépôts d'armes souterrains
a Beyrouth et des postes lance - roquettes flans les environs de
Damours,

Béchir Gemayel fait mine d'etre intéressé et en preuve de bonne
volonté, il confie a Salameh que des agents israéliens posent des
questions sur lui et le cherchent activement. Ce que Salameh ne sait
pas, c'est que les agents de renseignement chrétien abreuvent
copieusement le Mossad d'informations a son sujet.

Fin 1978, Salameh semble devenir moins prudent. Il séjourne de plus
en plus souvent dans son appartement de la rue de Verdun. Georgina
attend un enfant, Salameh est en joie. Mais ce qu'il ne peut pas non
plus savoir, c'est que des 1977, une jeune femme allemande est
envoyée par le Mossad en Allemagne, pour s'y constituer une
couverture : Elle est titulaire d'un passeport allemand et s'enrôle
dans plusieurs organisations caritatives, qui lui donnent
une `traçabilité' tres honorable. Rapidement elle aura de nombreux
amis, tous prets ? répondre d'elle si nécessaire.

Cette jeune femme que nous nommerons Inge, arrive a Beyrouth au
milieu de l'année 1978 et s'installe dans un appartement situé dans
les étages d'un immeuble de l'avenue Marie Curie. L'appartement n'a
pas été choisi au hasard, en effet, de la fenetre de la chambre, on
voit tres bien la rue ou vit Salameh. Officiellement, Inge est
artiste peintre.
Patiemment, elle note les allers et venues de Salameh, le volume de
son escorte, le type de voiture dans laquelle il se déplace. Salameh
roule dans une Chevrolet et est en permanence escorté de deux hommes
dans sa propre voiture plus trois ou quatre dans un Land Rover.
Chaque semaine, des agents de liaison récuperent les messages d'Inge
et lui laissent des directives dans des boîtes aux lettres.

Cependant, a une occasion, Inge devient nerveuse: une jeune femme
japonaise semble s'intéresser de pres a ses activités. Rapidement, la
japonaise est identifiée : il s'agit de Fousako Shiganuvu, chef des
opérations de la Japanese Red Army, groupe terroriste d'extreme
gauche allié des palestiniens. En fait, le Mossad découvre que la
japonaise s'avere etre aussi la responsable de la sécurité de Salameh…

On décide que Inge ne doit pas bouger et surtout ne rien faire de
suspect. Bonne idée, deux jours plus tard l'appartement d'Inge est
fouillé de fond en comble…

Début janvier 79, le Mossad apprend que Salameh rentre chez lui tous
les midis. Ce qui aux vues de sa sécurité est une erreur. Par
ailleurs, on sait qu'il ne quittera pas la ville avant la fin du
mois, dans la mesure ou il participe avec Arafat a la préparation
d'une conférence inter organisations a Damas.

Le 15 janvier, un vol en provenance de Hambourg atterrit a Beyrouth
avec a son bord une autre jeune femme allemande que nous nommerons
Georgia. En fait, elle fait aussi partie du Mossad, elle est chef de
cette opération.

Le meme jour, elle prend une chambre a l'hôtel Méditerranée. Dans ce
meme hôtel quelques jours plus tôt, un homme d'affaires anglais est
arrivé, Peter. Ce dernier a loué une Volkswagen bleu a l'agence
Lenacar.

Dans un autre hôtel, le Royal Garden, un canadien attend lui aussi :
il a loué une Chrysler grise.

Un soir, tout ce petit monde prend séparément la route pour Jounieh,
Une fois sur place, ils se retrouvent dans une villa (qui servait de
base opérationnelle aux agents de liaison). La une seconde Volkswagen
les attend, c'est la réplique exacte de celle loué par le fameux
Peter - a un détail pret - elle est arrivée d'Israël quelques jours
plus tôt et y a été spécialement préparée. Elle contient 110
kilogrammes d'explosifs et un systeme de mise a feu télécommandé,
tres sophistiqué pour l'époque dit-on…

Les plaques minéralogiques sont échangées, les autocollants du loueur
posés sur la bombe roulante et les derniers détails sont discutés.
Pour Salameh, l'heure va bientôt sonner, mais il ne le sait pas
encore…

« Il ne faut pas le rater ! »

Il est aisé de penser que pour tuer Salameh, il suffirait de placer
la voiture sur le bord de la route et d'appuyer sur le contacteur des
que sa Chevrolet arrive a la précision digne d'un horloger.

En fait, les services israéliens veulent etre surs de tuer la cible
du premier coup. Pas question de la blesser, ce serait donner un
héros - de surcroît un martyre vivant - au Fatah. Il doit donc mourir
a la premiere tentative, d'autant que la voiture piégée ne pourra
rester éternellement en stationnement sans attirer l'attention.

Aussi, il est décidé de faire placer des barrieres de signalisation
de travaux a hauteur de la Volkswagen : le rétrécissement de la
chaussée forcera la Chevrolet a passer au plus pres de la bombe,
garantissant ainsi le succes de l'opération.

Entre-temps, le chef du renseignement de Béchir Gemayel a une
entrevue avec deux agents du Mossad, ces derniers lui disent qu'il
serait utile qu'il appelle Salameh le lendemain, 22 janvier, aux
environs de 15 heures.

Le 22 janvier 79, Ali Hassan Salameh rentre chez lui pour déjeuner;
il est de bonne humeur et est toujours escorté de ses gardes du
corps. La veille, l'agente du Mossad sur place, Inge, a reçu la
visite de Peter qui lui a remis une télécommande.

A 15h15, Salameh reçoit un coup de téléphone par lequel un officier
de renseignement de Gemayel l'informe qu'il vient d'entrer en
possession d'importants renseignements provenant du Mossad. Pour etre
sur de l'affaire, Gemayel et le chef du renseignement sont
injoignables. A 15h30, Salameh monte dans sa Chevrolet, avec deux
gardes du corps et son chauffeur, derriere lui la Land Rover attend,
moteur en marche. Le convoi a une allure bizarre, imaginez un instant
l'ambiance : deux voitures bondées d'hommes dont les kalachnikovs
sortent par les vitres… pas tres professionnel.

La Volkswagen attend, a une centaine de metres, garée ici une heure
avant par Georgia qui depuis a quitté le Liban voire meme la région.

Le convoi se met en route, il s'approche du piege. A hauteur des
barrieres, la Chevrolet se déporte vers la droite pour pouvoir
passer, ses portieres sont a moins de 80 cm de celle de la
Volkswagen. C'est le moment que choisit Inge pour actionner la
télécommande. Sur les trois systemes de mise a feu que contient la
voiture, en cas de probleme, on sait que l'un d'eux a fonctionné
parfaitement : une énorme explosion retentit.

La voiture de Salameh est projetée sur le côté gauche de la rue de
Verdun. Tous ses occupants sont tués, carbonisés ou déchiquetés. La
carriere de Salameh vient de s'achever par la ou elle avait commencé:
dans la furtive lueur jaune d'un blast d'explosion, dans le sang et
dans la douleur.

La fumée envahit la rue, les débris commencent a retomber. Les
occupants de la Land Rover sont encore en vie, mais en état de choc.
Ils parviennent tout de meme a descendre de leur véhicule et sans
grand espoir, se portent au secours de leur chef.

A ce moment, les membres de l'équipe sont en route vers Jounieh ou
ils doivent etre récupérés et exfiltrés vers Israël alors que
d'autres sont déja loin… Trois jours apres l'explosion, l'OLP
demandera aux gouvernants allemands de chercher une certaine Inge qui
disent-ils peut etre impliquée dans la mort de Salameh. L'enquete
s'arretera la, mais pas les Kidonim du Mossad, dont la liste comporte
encore les noms qui n'ont pas été rayés.

Conclusion et analyse

Dans cette affaire, comme dans presque toutes les autres, c'est une
succession d'erreurs qui ont mené Salameh a la mort. Si on examine
l'attentat dont il fut victime, on se rend compte que manifestement,
il a lui aussi cédé aux faiblesses qui avaient fait de ses victimes
de parfaites cibles.

La premiere de ces erreurs est d'etre resté dans une ville ou les
tueurs le cherchaient. En effet, meme s'il évoluait dans un quartier
de Beyrouth ou il ne comptait que des amis, Salameh aurait pu savoir
que les frontieres entre les quartiers n'étaient pas étanches. Par
expérience, un homme correctement préparé et au fait des divers
comportements a adopter dans chaque quartier est en mesure de
traverser la ville, avec de bonnes chances d'arriver en vie. Pour
Salameh, la meilleure solution aurait sans doute été de s'expatrier
vers un pays ami ou il aurait été bien plus délicat, politiquement et
techniquement, d'intervenir et d'attenter a sa vie, ce que d'autres
candidats de la liste Golda ont largement compris…

La seconde erreur qui a été commise, fut de s'habituer a la présence
d'une étrangere dans les parages. En effet, compte tenu de la qualité
des gens lancés a sa poursuite, les responsables de sa sécurité
n'auraient pas du se contenter d'une fouille d'appartement. Si Inge
avait été discretement surveillée 24h sur 24, on se serait rendu
compte de son manege et elle aurait certainement été démasquée. De
plus, durant la fouille de l'appartement, s'ils avaient travaillé
correctement et en respectant une regle de base de sécurité, les gens
de Salameh se seraient aperçu qu'une des fenetres donnait sur la rue
de la cible, ce qui aurait accentué leur méfiance et éventuellement
provoqué l'interpellation et l'interrogatoire Inge.

Souvenons-nous que l'affaire se passe a Beyrouth entre 1978 et 1979,
autant dire qu'ils auraient pu la découper en rondelles sans etre
inquiétés…

Autre erreur, et c'est ce qu'attendaient patiemment les agents du
Mossad : Salameh finit par se relâcher…et par venir déjeuner
régulierement dans son appartement de la rue de Verdun, ce qui est
remarquable, dans la mesure ou il a causé la mort de nombreuses
personnes et sachant qu'il se sent un minimum menacé et traqué.

Pour une équipe de tueurs, une cible qui devient réguliere est perçue
comme imprudente. On associe souvent la reprise de rythmes réguliers
au fait que la conscience du risque disparaît. Techniquement, on
parle alors de « cible amicale » ou « cible molle », dans la mesure
ou elle participe a sa perte en facilitant le travail des tueurs, et
vous comprenez pourquoi.

Inversement, une cible est dite « inamicale » ou « dure » si elle se
comporte d'une maniere qui ne permet pas de prédire ou elle se
trouvera a un moment donné. En fait, elle n'aide pas les tueurs, elle
leur complique la vie et la tâche.

Il est clair que la sécurité de Salameh ne s'est pas alarmée de la
présence de travaux impromptus dans la rue. Une grave erreur due a
son service de protection qui n'a jamais daigné poster des
sentinelles ou envoyer des agents faire du renseignement avancé
sachant que ces derniers avaient les moyens de vérifier la présence
normale ou non de ces travaux. Pareillement, ils avaient les moyens
de choisir un meilleur emplacement pour installer Salameh et ils
avaient également les moyens de s'assurer que toutes les voitures
stationnées dans cette rue étaient légitimement ?a

Mais Salameh était un chef au fort caractere, il n'était pas facile
de le manoeuvrer. Ce facteur, source de non communication entre le
protégé et sa sécurité, couplé aux erreurs qui furent commises, amena
tout droit Salameh a la mort, aussi surement que s'il s'était lui-
meme tiré une balle dans la tete…

Jean-Paul Ney
Sources et archives de Laurent Van Pottalsberghe(RIP), Daniel
Chekroun, Ehud Tenenbaum et Aviv Armon.


II) La prise d'otages de Munich

La dimension des Jeux de 1972 a Munich battit toutes les catégories
de records, avec 195 épreuves et 7 173 athl?tes de 121 pays. Ils
étaient supposés célébrer la paix et durant les premiers dix jours
tout se déroula parfaitement. Mais au matin du 5 septembre, huit
terroristes palestiniens s'introduisirent dans le village olympique
tuerent deux membres de l'équipe israélienne en prirent neuf en
otage. Au cours de la lutte qui s'ensuivit, les neuf otages furent
assassinés ainsi que cinq des terroristes et un policier. Les Jeux
Olympiques furent suspendus et un hommage a la mémoire des disparus
eut lieu dans le stade olympique. Par défi devant le terrorisme, le
Comité International Olympique ordonna la poursuite des compétitions
apres une pause de 34 heures

Les exigences

Le groupe terroriste demandait la libération et le passage en Égypte
de 234 Palestiniens prisonniers en Israël, ainsi que de deux autres
prisonniers en Allemagne. Israël répondit immédiatement et tres
fermement qu'il n'y aurait aucune négociation. Les autorités
allemandes, par la voix de leur Chancellier Willy Brandt et du
ministre de l'Intérieur Hans-Dietrich Genscher, refuserent l'offre
d'Israël d'envoyer une unité des forces spéciales israéliennes en
Allemagne. La police allemande qui prit part a l'opération n'avait
pas de formation spécifique aux opérations de sauvetage d'otages.

D'apres le journaliste John K. Cooley, l'attaque fut un cauchemar
pour les Allemands car les otages étaient juifs. Cooley a écrit que
les Allemands ont offert aux Palestiniens de leur donner tout
l'argent qu'ils voulaient s'ils libéraient les otages. Ils ont aussi
offert de remplacer les athletes israéliens par des officiers
allemands de haut rang. Les deux offres furent rejetées.

Les dates limites pour l'exécution d'otages furent d'abord retardées
de trois heures, puis de cinq heures de plus, les autorités
allemandes tentant de négocier. Le chef de la police allemand Manfred
Schreiber et Ahmed Touni, le chef de l'équipe olympique égyptienne,
négociaient directement avec les preneurs d'otages, offrant encore
autant d'argent qu'ils le souhaiteraient. D'apres Cooley, ils se sont
vu répondre : « L'argent n'a aucune importance pour nous ; nos vies
n'ont aucune importance pour nous ». Les ambassadeurs tunisien et
libyen en Allemagne tenterent aussi d'obtenir des concessions des
preneurs d'otages, mais sans succes .

Le dénouement

Les preneurs d'otages demanderent a etre transportés vers Le Caire.
Les autorités firent mine d'accepter, et a 22h10, deux hélicopteres
transporterent les preneurs d'otages ainsi que les otages a la base
aérienne de Fürstenfeldbruck, ou un Boeing 727 les attendait. Les
preneurs d'otages pensaient etre en route vers Riem, l'aéroport
international pres de Munich. Les autorités avaient prévu d'attaquer
les preneurs d'otages a la base aérienne.

Cinq tireurs d'élite Allemands furent choisis pour tirer sur les
preneurs d'otages, mais aucun d'entre eux n'avait reçu de formation
spécifique. Ils furent choisis parce qu'ils pratiquaient le tir de
compétition sur leur temps libre. Durant une enquete allemande apres
les faits, un officier identifié sous le pseudonyme de Tireur d'élite
numéro 2 a dit: « Je ne me considere pas comme un tireur tres
précis ».

Les tireurs d'élites furent positionnés a l'aéroport, mais les
autorités furent surprises de découvrir qu'il y avait en fait huit
preneurs d'otages. Il n'y avait pas de chars ni de véhicules blindés
déployés a l'aéroport. D'apres John Cooley, un ou peut-etre deux
officiers israéliens assisterent a l'opération. Serge Groussard,
auteur du livre La médaille de sang, cita le chef du Mossad Zvi Zamir
et un de ses bras droits, mais comme observateurs seulement. Zamir a
dit a plusieurs reprises qu'il n'a jamais reçu de demande de conseil
ou d'assistance de la part des Allemands a aucun moment durant
l'opération de sauvetage. Un article du New York Times, qui suggera
que le ministre de la Défense israélien Moshe Dayan était présent n'a
jamais été confirmé.

Il y eu ensuite 75 minutes d'échanges de coups de feu, durant
lesquelles la police allemande demanda tardivement l'assistance de
véhicules blindés, mais ces derniers mirent plus de 30 minutes ?
arriver a cause du trafic automobile.

Les hélicopteres atterrirent peu apres 22h30 et six des preneurs
d'otages en sortirent. Pendant que quatre des preneurs d'otages
gardaient les pilotes en respect avec leurs armes, deux allerent
inspecter le jet, et le trouverent vide. Réalisant etre tombés dans
un piege, ils coururent rapidement a nouveau vers les hélicopteres,
et vers 23h00, les autorités allemandes donnerent l'ordre aux tireurs
d'élites d'ouvrir le feu.

Les cinq tireurs d'élite allemands n'avaient pas de contact radio
entre eux et ne pouvaient donc pas coordonner leurs tirs. Leurs
fusils n'avaient pas de lunettes ni d'équipements de vision de nuit.
Dans le chaos qui s'ensuivit, deux preneurs d'otages se tenant pres
d'un pilote furent tués, un troisieme mortellement blessé en fuyant.
Les trois preneurs d'otages restant se mirent a couvert, tirerent en
réponse et détruisirent toutes les lumieres de l'aéroport qu'ils
pouverent tout en restant a couvert. Un policier allemand, Anton
Fliegerbauer, fut tué par les échanges de feu. Les pilotes
d'hélicoptere s'enfuirent, mais les otages, attachés dans l'appareil,
ne pouvaient pas bouger. La situation s'enlisa.

Les véhicules blindés arriverent finalement vers minuit, permettant
de sortir de l'enlisement. D'apres Cooley, a minuit et 4 minutes le 6
septembre, un des preneurs d'otages sauta du premier hélicoptere. Il
se tourna et tira sur les otages, tuant Springer, Halfin et Friedman,
et blessant Berger. Ensuite il dégoupilla une grenade et la jeta dans
le cockpit, ou elle explosa. Alors que le premier hélicoptere
brulait, d'apres Cooley, les preneurs d'otages tiraient sur les
camions de pompiers pour les empecher de s'approcher.

Avant que le feu du premier hélicoptere atteigne le réservoir du
deuxieme hélicoptere, deux preneurs d'otages émergerent de derriere
celui-ci et firent feu vers la police, qui répliqua et les tua. Les
cinq otages du deuxieme hélicoptere moururent sous les coups de feu
durant la bataille. Une enquete de police détermina que quelques-uns
des otages avaient pu etre tués par la police dans le feu de
l'action. Cependant, une reconstruction des événements par Time
Magazine suggere qu'un des preneurs d'otages avait tué les otages.
Les causes exactes de la mort de ces otages n'ont pas pu etre
établies avec précision car les corps furent brulés par le feu et les
explosions des hélicopteres.

Trois des preneurs d'otages, vivants et relativement peu blessés,
furent capturés par la police allongés au sol, deux d'entre eux
simulant la mort. Le dernier preneur d'otage fut retrouvé par des
chiens et des gaz lacrymogenes 40 minutes plus tard, et tué lors
d'échanges de coup de feux avec la police. A 12h30 ce jour-la, la
bataille était terminée.

Les conséquences

Le 5 septembre 1972, Golda Meir, alors Premier ministre israélienne,
avait appelé les autres pays a « sauver nos citoyens et condamner les
actes criminels innommables ». L'attaque fut largement condamnée ?a
travers le monde, le roi Hussein de Jordanie la qualifia de « crime
sauvage, crime contre la civilisation… perpétré par des esprits
pervers ».

Les corps des cinq Palestiniens tués durant la fusillade de
Fürstenfeldbruck furent emmenés en Libye, ou ils reçurent des
funérailles de héros et furent enterrés avec les honneurs militaires.

Les autorités allemandes emprisonnerent les trois preneurs d'otages
survivants, et créérent bientôt la cellule de lutte contre le
terrorisme GSG 9, capable de secourir plus efficacement les otages au
cas ou un tel incident venait a se reproduire.

Le 9 septembre, des avions israéliens bombarderent des bases de
l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) en Syrie et au
Liban en guise de représailles ( Morris 1999 ), une attaque qui a été
condamnée par le Conseil de sécurité de l'ONU.

On rapporta le 29 octobre qu'un avion allemand de la Lufthansa avait
été détourné par des ravisseurs exigeant la libération des trois
membres de Septembre noir retenus prisonniers en attente d'etre
jugés. Safady et les Al-Gasheys furent en conséquence libérés par
l'Allemagne. Certains observateurs suspectent le gouvernement
allemand d'avoir libéré les terroristes pour se défaire de la lourde
tâche d'avoir a les juger.

Jalil Anjum


III) Le film, la critique de Jean-Paul Ney, rédacteur en chef de
IntelligencePost

Avons-nous affaire a deux Steven Spielberg a C'est bien ce que l'on
peut penser apres le générique de fin du film « Munich ». En effet,
si le l'artiste tente d'apporter une contribution filmique a un
événement fort générateur de passions, le réalisateur lui, se plante
parfois grossierement presque a tous les niveaux : le fil de
l'histoire connue est respecté a la lettre et la fidélité pousse
Spielberg l'artiste a réaliser des scenes anthologiques - comme par
exemple ce terroriste qui se montre a la fenetre dans un plan ou les
gestes sont calqués `en direct' sur des images d'archives bien
réelles diffusées sur une télévision d'époque - alors qu'au niveau
opérationnel, Spielberg le réalisateur, plonge dans le délire total :
le tres contesté Avner se retrouve au Liban avec le jeune Ehud Barak
mais encore sympathise avec un terroriste palestinien et revit la
mort des athletes dans une pseudo scene d'amour. C'est nul.

Le film s'il se laisse regarder par des profanes peut vraiment
plaire, mais si un ?il averti pousse la réflexion, c'est parfois le
désastre et la déception. Premierement, le chef de groupe nommé pour
la mission de renseignement et d'exécution de la liste Golda se fait
passer pour un `bleu', son équipe pour des débutants de premiere

fabriquer des explosifs ». Une autre image d'amateurisme qui peut
choquer aussi est celle de la premiere exécution, en Italie, 11
balles dans le corps, le chiffre 11, pour 11 athletes… Le message
était pourtant clair, et sur place, les hommes n'ont jamais failli et
surtout, jamais hésité comme le montre contrairement Spielberg…et
Golda le savait bien « je veux vos meilleurs hommes » avait-elle dit.

Deuxiemement, l'équipe d'Avner n'était pas la seule sur la traque des
terroristes, plusieurs équipes avaient des cibles bien précises, ceci
pour éviter tout court-circuitage d'une mission en cours, cela peut
se comprendre, et puis il ne faut surtout pas - pour cette raison -
etre coupé de sa base et vivre des années en totale autarcie, c'est
du pur délire, ne serais-ce que pour des questions d'équilibre
psychologique, a chaque exécution, les hommes pouvaient etre
remplacés, les réservoirs de volontaires étaient pleins…
Troisiemement, les équipes, pour des raisons que j'expose ici,
pouvaient sur certaines cibles ne fournir que du renseignement,
l'opérationnel exécutif était alors réalisé par les hommes de la
sayeret Matkal (le service action du Mossad), tout comme a Beyrouth,
ou l'histoire de Barak habillé en femme est bel et bien vraie, avec a
son bras Muki Betzer, un autre héros des guerres d'Israël, qui fut
l'aide de camps de Yoni Netanyahou, le frere de l'ancien Ministre,
seul soldat tombé sur le tarmac de Entebbe pendant l'opération
tonnerre en 1976. Quatriemement, cette organisation française ce «
groupe » né des tourmentes de l'auteur du livre dont s'inspire Steven
Spielberg, il est clair que d'un point de vue strictement israélien
et opérationnel, le Mossad a cette époque ne pouvait se permettre de
lâcher dans la nature des bleus qui de surcroît acheteraient du
renseignement a un groupe inconnu sans au préalable se renseigner, le
motif est simple : éviter toute manipulation, fausse information et
encore moins une intoxication. A d'autres de dire que ce groupe
aurait été le canal du Mossad pour faire passer l'information aux
opérationnels sur le terrain releve de la mythologie et du gag.

Cinquiemement et pour conclure, Spielberg qui a tout de meme réussi
son film, nous a habitué par le passé a des films plus proches de la
réalité, plus documentés. A ce titre il aurait du choisir le
journaliste Uri Dan en tant que spécialiste de la question, les
experts de ladite question savent pourquoi je parle du journaliste
israélien. Il n'a pas non plus consulté certains des acteurs de
Munich encore vivants : Zvi Zamir, le responsable du Mossad a

l'époque et Abou Daoud, toujours vivant et qui reproche dans la
presse a Spielberg de ne pas l'avoir consulté.

Spielberg oublie deux moments essentiels et forts de cette traque :
le fiasco de Lillehammer, ou, en juillet 1973, le Mossad pense avoir
reconnu Salameh mais se trompe, les agents abattront par erreur un
serveur marocain qui lui ressemblait a s'en méprendre. Deux agents
israéliens sont arretés par la police norvégienne. Puis il oublie
l'essentiel: une opération phare - connue publiquement aujourd'hui et
que vous avez lu plus haut - c'est-a-dire l'exécution de Salameh par
le Mossad a Beyrouth. Il aurait meme été bon de pousser le vice a
montrer l'assassinat d' Atef Bseisso qui fut tué en juin 1992 a Paris.

Si vous allez voir Munich, ne vous attendez pas a une fidele et
encore moins un docu-fiction. Steven Spielberg a laissé libre court a
son imagination mais aussi et surtout a une facilité en s'étant
appuyé sur le plus mauvais livre jamais écrit par un non-spécialiste
de la question : « Vengeance », de G. Jonas.

Spielberg ne satisfait pas totalement l'un ou l'autre camp dans le
film. Et ce n'est pas un forfait volontaire mais bel et bien une
question d'ignorance, de facilité et surtout de mauvais conseil. Un
peu a l'image de « Agents Secrets » le bide total de Frédéric
Schoendoerffer qui a tres peu écouté les conseils d'un ancien cadre
opératif de la DGSE pourtant recruté a cet effet.

Quant a avoir des sentiments pour une clique de terroristes et
justifier leurs actes trente ans apres, non merci.

On peut cependant féliciter Eric Bana pour sa magnifique prestation
et ce qu'il peut faire facilement ressentir au public, la scene du
téléphone et de la gamine fait monter les larmes aux yeux…

Pour en savoir plus et mieux vous documenter sur le sujet vous pouvez
regarder le fantastique documentaire « la liste Golda » de Arnaud
Hamelin et Emmanuel François chez Sunset Presse. Vous pouvez lire
aussi « Operation Vengeance », de Uri Dan aux Presses de la Cité mais
encore « le Commando Secret » de Moshe `muki' Betzer et Robert
Rosenberg chez Plon.