Un état d’esprit véritablement dément
Par webmaster, lundi 4 septembre 2006
Par Ari Shavit Ha'aretz - 11 Ao?t 2006.
Titre original : A spirit of absolute folly. Traduction : Objectif-Info
En ce pénible été de l’année 2006,
l'État d’Israël est plongé dans la stupéfaction :
Ils nous ont surpris. Ils nous ont considérablement surpris.
Ils nous ont surpris avec les Katiouchas,
ils nous ont surpris avec les fusées Al-Fajr,
ils nous ont surpris avec les missiles de Zelzal.
Ils nous ont surpris avec les missiles antichars.
Et ils nous ont surpris par la compétence opérationnelle de leurs brigades antichar.
Ils nous ont surpris avec leurs bunkers et leurs camouflages.
Ils nous ont surpris avec leur commandement et leur renseignement.
Ils nous ont surpris par leur stratégie, leur capacité de combat
et leur moral au combat.
Ils nous ont surpris par la puissance étonnante que peut avoir une petite armée
vouée ? la mort, dont la technologie est modeste mais la motivation religieuse élevée. Cependant, en cet été 2006,
Nous avons été surpris par nous-memes.
Nous avons été surpris par le faible niveau de la direction du pays.
Nous avons été surpris par un cafouillage stratégique scandaleux.
Nous avons été surpris par le manque de vision,
le manque de créativité et le manque de détermination du commandement militaire supérieur.
Nous avons été surpris par un service de renseignement défaillant,
une logistique illusoire et une impréparation choquante a la guerre.
Nous avons été surpris par le fait que la machine de guerre israélienne
n'est plus ce qu’elle était. Ce que nous révérions s’était dégradé.
Généralement on ne doit pas se livrer a une enquete approfondie
sur les déboires d’une période de guerre au cours de la guerre.
Cependant, a la fin de l'annee la plus penible pour les forces de defense
israeliennes depuis la naissance de l'Etat d’Israël,
le gouvernement israélien ne tire aucune conclusion.
Il ne réorganise pas le systeme, il ne donne aucune preuve
d’un effort d’apprentissage, et il ne donne pas l’impression de modifier son attitude.
Au contraire : il ajoute encore une couche de démence a la précédente.
Sa lenteur a réagir est hasardeuse.
Sa prudence est une recette pour le désastre.
Sa volonté d'empecher un carnage multiplie les carnages.
C’est pour cela qu’a présent,
au moment ou les forces se déplacent vers le Sud Liban,
on ne peut pas éluder la question de ce qui ne va pas.
C’est a cette condition qu’Israël pourra remporter une victoire de derniere minute, que les troupes pourront réaliser leurs objectifs et que les soldats pourront rentrer a la maison sans encombre.
C’est pour cela que nous nous trouvons aujourd’hui dans l'obligation de demander : que nous est-il arrivé, dans quelle galere sommes-nous ?
Il s’est produit quelque chose de simple : nous avons été drogués par le politiquement correct.
Le poison du politiquement correct a investi le discours israélien,
et dans la génération précédente, la conscience des Israéliens a totalement divorcé de la réalité israélienne.
Elle n'a pas disposé des outils nécessaires pour affronter la réalité d'un conflit existentiel.
Elle n'a pas disposé des outils nécessaires pour affronter un conflit inter-religieux et interculturel. C'est pourquoi elle s'est entierement centrée sur la question palestinienne. Elle a fait l’hypothese sans fondement que l’occupation est la source de mal. Elle a supposé que c'est l’occupation qui a empeché la paix, causé les troubles et perpétué l'instabilité. En meme temps, le politiquement correct partait de l’idée que la force d’Israël était une donnée. Qu’Israël était outrageusement fort. Par conséquent, le politiquement correct méprisait tout effort visant a fonder et a consolider la puissance israélienne.
Le budget de la défense a été réduit, les valeurs du volontariat ont été raillées, les concepts d’héroisme et de courage sont devenus abjects. Depuis que les Forces de Défense d’Israël ont été qualifiées d'armée d’occupation - plutôt qu'une armée de défense des féministes, des homos et des lesbiennes contre le fanatisme régnant au Moyen-Orient – on a fait des réserves a son sujet, on l’a repoussée et divorcé d’elle. Apres tout, dans l’univers spirituel du politiquement correct, la puissance et l'armée sont des expressions dégoutantes. Toute idée de nation a été rejetée en raison de l’inviolabilité de la sphere privée. Tout comportement coopératif a été banni au profit de l’individualisme. La puissance a été identifiée au fascisme. La virilité a été publiquement condamnée. La poursuite de la justice absolue a été mélangée a la poursuite du plaisir absolu et le discours dominant s’est inspiré d’une idéologie engagée et militante fondée sur la revendication et le bien-etre. Il s’est produit une autre chose : nous avons été empoisonnés par une illusion de normalité. L'État d’Israël est fondamentalement un État anormal. Tout simplement parce que c'est un État juif dans une Région arabe, parce que c'est un pays occidental dans une Région musulmane, et parce que c'est un État démocratique dans une région de fanatisme et de despotisme : Israël connait une tension perpétuelle avec son environnement. En raison de la situation dans laquelle il se trouve, Israël ne peut pas vivre une vie européenne normale.
D'autre part, en raison de ses valeurs et de son organisation en termes d'identité, d’économie et de culture, Israël ne peut pas éviter d'etre une partie intégrante de la normalité européenne. Par conséquent Israël vit perpétuellement dans une situation de contradiction. Pour résoudre cette contradiction ne faut-il pas créer une anormalité positive, a la fois idéologique et morale qui fournirait une réponse a l'anormalité négative dans laquelle Israël se trouve ? Il n'y a pas d’autre voie : Israël doit préparer une enveloppe de protection qui défendra son environnement interne contre l'environnement externe qui l'enserre.
Vivre dans la défiance de son l'environnement est une part essentielle de l'existence israélienne. Cependant, dans la génération précédente, cette cruelle lucidité s’est dissipée, l'illusion s’est répandue que nous avions surmonté nos problemes, que nous étions parvenus a un état de tranquillité, et que nous pouvions vivre la ou nous sommes, comme n'importe quelle autre nation. Cette illusion a mené a une situation ou l'anormalité positive israélienne s’est graduellement brouillée, et les énergies vouées a entretenir le bouclier défensif qui isole Israël de la région et le protege contre cette région, ont été drastiquement réduites. La faiblesse a prédominé. Notre volonté s’est affaiblie. Le mirage a tellement enivré les Israéliens qu'ils n'ont pas pris la peine de le consolider avec des fortifications. Par conséquent, les pressions de l'environnement externe ont progressivement augmenté - avec le terrorisme en 2002, les Kassam en 2005, et les Katiouchas en 2006 - jusqu'a ce qu'elles s’introduisent profondément a l'intérieur de l'environnement israélien. C’est ainsi qu’est né un paradoxe : ceux qui voulaient croire qu’Israël pouvait etre totalement normal sont ceux qui ont provoqué sa chute dans une situation chaotique d'anormalité totale et d’équilibre rompu. Le politiquement correct et l’illusion de normalité se sont répandus en premier lieu au sein des élites israéliennes. Les citoyens israéliens sont restés pour la plupart sérieux et forts. Ils ne se sont pas fourvoyés dans la chimere d'un nouveau Moyen-Orient. Ils n’ont pas tourné le dos a l'impératif existentiel, aux comportements de défense, et a l’armée. Meme leurs valeurs centrales n'ont pas été détruites. Par conséquent, ils ont résisté de façon impressionnante a l’épreuve du terrorisme en 2001-2003, et a l'épreuve du « feu devant la maison" de 2006. Ils ont démontré un courage presque britannique et ils continuent a le faire. D'autre part, les élites israéliennes des 20 dernieres années se sont totalement affranchies de la réalité. Le capitalisme, les médias et le monde universitaire des années 90 et de la premiere décennie du 21eme siecle, ont aveuglé Israël et l'ont privé de son caractere. Leurs erreurs répétées sur la réalité historique dans laquelle l'État juif se trouve, ont conduit Israël a faire des erreurs de navigation et a s’égarer. Leurs attaques ininterrompues, directes et indirectes, contre le nationalisme, le militarisme et l’histoire du sionisme ont érodé de l'intérieur la colonne vertébrale de l'existence israélienne, et épuisé son énergie vitale. Alors que la masse des citoyens faisait preuve de sérieux, de détermination et d'énergie, les élites se révélaient décevantes. Le capitalisme a cultivé une illusion de normalité ad absurdum, et établi un régime socio-économique écrasant qui ne correspond pas a la situation historique. Le monde universitaire a entretenu le politiquement correct ad absurdum ce qui a conduit a un état d’esprit quelque peu suicidaire dans notre région. Et les médias ont associé les deux et créé une psychologie collective hallucinatoire, qui combine une société de consommation déchainée et une fausse éthique. Au lieu d’etre des élites constructives, les élites de la derniere génération se sont transformées en élites liquidatrices. Chacune dans son secteur, avec sa méthode, a entrepris la démolition de l'entreprise sioniste. Pas a pas, le millieme supérieur de la population a abandonné la cause nationale existentielle. Ces gens ont renoncé au devoir de réserve, ils ont cessé d'envoyer leurs fils dans les unités de combat. Ces gens ont raillé ces officiers qui ont lancé des mises en garde au sujet des retraits unilatéraux. Ils ont raillé ces officiers qui avertissaient que les stocks d’urgence s’épuisaient et que les ennemis devenaient de plus en plus forts. Et ils se sont trompés eux-memes et leur entourage en prenant Tel Aviv pour Manhattan. Au fond, pour eux, l'argent c’est tout. Ils ont ainsi transmis aux jeunes Israéliens en héritage des valeurs qui rendent difficile pour eux d’attaquer meme lorsque l'attaque est entierement justifiée. Parce qu'un pays qui souffre d’un manque d'égalité, d’un manque de justice et d’un manque de foi dans la justesse de sa cause, est un pays a qui il est tres difficile d’aller a l'attaque. C'est un pays ou ceux qui sont disposés a tuer et a etre tués sont rares. Et dans le Moyen-Orient du 21eme siecle, un pays dont les jeunes élites trouvent difficile de tuer et d’etre tués pour leur nation, est un pays dont le temps est compté. Un pays qui ne peut pas endurer des épreuves. De sorte que ce qui est maintenant révélé a nos yeux, alors que la fumée des Katiouchas continue a monter des fourrés du Liban, ce n'est pas l’échec de l’armée, mais l’échec des élites qui ont tourné le dos a l’armée. Ce qui émerge maintenant, alors qu’Israël n’est pas en mesure de protéger correctement la vie de ses citoyens, ce n'est pas un probleme de commandement ou un probleme de tactique, mais un probleme qui se situe au plus profond d'une société que ses élites ont abandonnée. Ce n'est pas le général en chef Udi Adam ou le général de brigade Gal Hirsch qui est le probleme, c'est l'état d’esprit israélien. Un état d’esprit qui est depuis trop longtemps un esprit de stupidité. Un état d’esprit véritablement dément. Habituellement, l'accusation de folie est portée contre les généraux affamés de batailles et les politiciens bellicistes. Cependant, a la fin de cette guerre, l'accusation de folie sera portée contre toute la catégorie des faiseurs d'opinion israéliens et des responsables sociaux qui vivaient dans une bulle et qui ont amené Israël a vivre aussi dans une bulle. L'armée devra mettre sa maison en l'ordre et de la reconstruire, mais la véritable colere sera dirigée contre les élites qui ont échoué.
Élites qui ont trahi la confiance d'une nation sage, impressionnante et forte. Cependant, aujourd’hui, nous sommes en guerre. Les citoyens du Nord sont toujours dans des abris, les soldats d’active et de réserve des armées risquent leurs vies dans une guerre qui n'a pas été correctement planifiée, pas correctement définie et mal conduite. Par conséquent, ce qui est nécessaire maintenant c’est d’agir rapidement, dans des opérations de mouvement, afin de renforcer le moral de ceux qui participent a la bataille. Ce qui est nécessaire c’est d’élaborer immédiatement un nouveau discours adapté a la nouvelle situation. Sans un nouvel état d’esprit et sans un nouveau langage il n'y aura pas de victoire dans le combat. Par conséquent, alors que la guerre fait rage nous devons trouver l'état d’esprit et le langage que nous avons perdu dans les années qui ont précédé la guerre.
Israël a essayé avec toute son âme et toute sa force d'etre Athenes. Cependant dans cet endroit, a cette époque, il n'y a pas d’avenir pour Athenes sans Sparte a l’horizon. Il n'y a pas d’espoir pour une société d’amour de la vie qui ne sait pas s'organiser pour faire face a la mort. Par conséquent, apres des décennies pendant lesquelles la droite, la gauche et le centre ont pris le pouvoir en Israël pour se l’attribuer et l’exploiter inutilement, on ne peut plus échapper a l’impératif de placer la reconstruction de la puissance israélienne en tete de l'ordre du jour.
Nous avons rendez-vous avec notre destin ;
un rendez-vous qui est décrété par la réalité de nos vies