23 décembre 2006
LES RELIGIONS MEURTRIERES
«Les religions meurtri?res» de Elie Barnavi
Par Cyrano pour Guysen Israël News
Jeudi 21 décembre 2006
Dans cet ouvrage publié chez Flammarion,
Elie Barnavi, ancien ambassadeur d’Israël en France (2000-2002),
met sa connaissance de l’histoire au service d’une interprétation de l’actualité. (1)
Comment et pourquoi une religion peut-elle ?tre a l’origine de tueries ?
Comment s’opposer a ce fléau ?
C’est pour Elie Barnavi la grande affaire du XXIe si?cle.
Le titre peut choquer. La « part meurtri?re des religions » e?t été plus juste, car les religions ont aussi des effets positifs, mais le titre retenu met l’accent sur les innombrables victimes du djihad des débuts de l’islam et des déviations du christianisme qu’ont été les Croisades, l’Inquisition et les guerres de religion.
Elie Barnavi est professeur d’histoire ? l’université de Tel-Aviv. Ses travaux d’historien l’ont amené a s’intéresser ? la Sainte-Ligue, « parti de Dieu », mouvement extrémiste catholique du XVIe si?cle. Les structures mentales des membres de ce parti totalitaire occidental lui sont apparues tr?s proches de celles des « fous de Dieu » du Hezbollah («parti de Dieu» en arabe) libanais. Il est clair pour Elie Barnavi que le fondamentalisme révolutionnaire est une déviation de l’esprit humain, une déraison sans spécificité de pays, d’époque ni de religion et qu’il nous faut faire un effort d’imagination pour tenter de comprendre ces mentalités, tr?s éloignées de notre univers culturel.Essayons de résumer ce livre dont le but est de nous apprendre « comment la foi peut faire de certains des assassins » et de nous armer contre un tel adversaire.Un préalable : des mots-clefs ? définirSi l’on veut savoir de quoi il est question, il nous faut retenir «que le fondamentalisme est une lecture particuli?re de la religion», un retour aux premiers textes sacrés - la Bible, les Evangiles ou le Coran -, déclarant nul et non avenu ce qui ne s’y trouve pas et, bien entendu, écartant toute tentative de réforme. Ceci, souligne Elie Barnavi, est particuli?rement vrai pour le Coran « loi divine, éternelle et immuable ».Les fondamentalismes révolutionnaires sont « une lecture totalitaire de la religion ». Ces fondamentalistes sont violemment exclusifs et cherchent par tous les moyens ? imposer leurs convictions, au mépris de la vie de ceux qui ne les partagent pas. Ils sont ou ont été présents dans les trois grandes religions monothéistes.Les fondamentalismes révolutionnaires? Le fondamentalisme révolutionnaire juif est une réalité. Il a mené et m?ne un combat pour la sauvegarde de la terre d’Israël biblique. Il est ? l’origine de l’assassinat d’Yitzhak Rabin et des désordres d’ao?t 2005 au moment du désengagement de la bande de Gaza. Mais l’Etat israélien a eu le dessus et ces groupes minoritaires sont de peu de poids dans les décisions politiques.? Le fondamentalisme révolutionnaire chrétien en France s’est exprimé pour la derni?re fois de façon violente au XVIe si?cle et la défaite de la Sainte-Ligue catholique devant les troupes d’Henri de Navarre, futur Henri IV, a été son ultime sursaut. Depuis, le fondamentalisme chrétien est devenu de plus en plus marginal, tandis que s’affirmait la la?cité en France avec la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat (9 décembre 1905). Elie Barnavi évoque bri?vement les activistes chrétiens aux Etats-Unis, lanceurs de bombes sur des cliniques qui pratiquent des avortements. Ce activistes appartiennent ? des groupuscules non représentatifs. ? Le fondamentalisme révolutionnaire musulman est, ? l’évidence, le plus nocif, toujours menaçant et ses ambitions sont planétaires : l’instauration d’un califat mondial avec la charia pour tous et le voile pour les femmes. ? Les Islamistes militants, héritiers des Fr?res musulmans, sont nombreux dans le monde arabo-musulman et leur objectif immédiat est de déstabiliser les régimes en place pour les transformer en républiques islamiques. La situation s’est compliquée avec l’enlisement américain en Irak, la montée en puissance du Hezbollah et du Hamas, la volonté affichée de l’Iran de se doter de l’arme nucléaire.En Europe ils constituent des réseaux de quelques centaines de membres, néanmoins redoutables comme l’ont montré les attentats de Madrid et de Londres. Certains islamistes vivent comme des poissons dans l’eau au sein de communautés fermées et la réactivation de leurs cellules dormantes frappe un pays occidental au moment choisi pour infléchir sa politique. Des musulmans modérés condamnent ces actions, mais leurs voix sont faiblement perçues. Que faire ? Les propositions d’Elie BarnaviL’auteur ne dissimule pas son embarras : il propose des « bouts de réponse qui seront peut-?tre des débuts de solutions ». Il est plus ? l’aise lorsqu’il décrit les causes du fiasco américain en Afghanistan, en Somalie ou en Irak. Pour lui, les mesures ? prendre sont multiples :- vis-?-vis du monde arabo-musulman, il préconise des mesures d’ordre militaire, économique et diplomatique en insistant sur la nécessité d’une coopération entre les Etats-Unis et l’Europe sur ces trois plans ;- vis-?-vis des musulmans d’Europe, il propose de miser sur la la?cité et de s’opposer au communautarisme. Il est capital pour Elie Barnavi de défendre « bec et ongles » l’héritage de la civilisation des Lumi?res contre l’obscurantisme et de le faire partager par les populations issues de nations qui ignorent ce que sont la démocratie et la liberté.Ne nous y trompons pas : il s’agit d’un livre important, écrit par un homme ayant l’expérience de la diplomatie et une connaissance approfondie de l’histoire, rigoureux dans son argumentation, dépourvu de tout sectarisme, et qui nous conjure de prendre au sérieux les menaces d’un Ahmadinejad, comme on aurait d? le faire de celles de l’auteur de Mein Kampf.Elie Barnavi nous exhorte ? ne pas croire que le r?glement des conflits locaux mettra fin au terrorisme international. Son message s’adresse aux dirigeants plus qu’aux citoyens des pays concernés.Souhaitons qu’il soit entendu par les uns et les autres.Le péril islamiste diversement appréhendéElie Barnavi n’est pas le premier ? dénoncer le péril islamiste. On se souvient des prises de position d’Oriana Fallaci.? Dans ses articles et ses livres, la grande journaliste italienne, aujourd’hui disparue, exprimait les m?mes craintes que l’historien sur le risque islamiste et la nécessité de lutter : « C’est contraire ? la Raison que d’espérer que l’incendie s’éteindra tout seul ». Elle écrivait ces lignes dans « La force de la Raison » ? la veille des attentats de Madrid (3). Dans le m?me ouvrage, elle mettait en garde les Américains qui s’appr?taient ? attaquer l’Irak - les populations chiites et sunnites ignorent le sens de démocratie et de liberté - et elle prédisait pour les Etats-Unis un second Vietnam ou pire. Comme Elie Barnavi, elle considérait que le concours actif de l’Europe est nécessaire pour vaincre le terrorisme, mais elle doutait de la volonté des dirigeants d’une « Europe devenue Eurabie » (2) ? Tous les observateurs ne partagent pas ces craintes.Des points de vue opposés s’expriment ici ou l? sur la réalité du « fascisme vert », tel celui de Jean-Claude Guillebaud. ? Pour cet éminent journaliste, les violences quotidiennes des islamistes sont comparables aux clapots des temp?tes maritimes tandis que le calme r?gne dans les profondeurs. Il fait allusion au travail constructif d’un groupe d’amitié islamo-chrétienne fondé en 1993 et dont le dynamisme est pour lui une source d’espoir ! (3) Jean-Claude Guillebaud croit-t-il que les candidats islamikazes et les él?ves des Madrasas noueront demain un dialogue constructif avec les chrétiens ? Incroyable na?veté d’un journaliste chevronné qui se rév?le aujourd’hui un adepte de la méthode Coué (4). Pourtant, cette méthode qui consiste ? ne voir que le bon côté des choses n’a pas fait ses preuves dans la gestion des conflits. L’heure des choixNe rien faire ? la façon des Munichois ou se déterminer en faveur d’une option radicale, notamment ? l’égard de l’Iran ? Existe-t-il d’autres solutions pour régler la grande affaire du XXIe si?cle ? Je n’aimerais pas ?tre ? la place des hommes politiques qui seront confrontés ? ce type de décisions
.Vous pouvez lire :THANK YOU, ORIANA ! Sources1- Elie Barnavi. Les religions meurtri?res. Collection Café Voltaire. Flammarion. Paris, 2006. 140 pages. ISBN : 2080690477
.2- Oriana Fallaci. La force de la Raison. Editions du Rocher. 2004. 232 pages.
3- Jean–Claude Guillebaud. Pour en finir avec le go?t du sang. in Le Nouvel Observateur N° 2135 du 30 novembre au 6 décembre 2006.
4- Emile Coué. La méthode Coué. Préface de Roger Dadoun. Ed. Manucius, 2006. 182 pages.