23 février 2007

REFLEXIONS SUR UNE VISITE INOPPORTUNE

Réflexions sur une visite inopportune

Par Cyrano pour Guysen Israël News

Mercredi 21 février 2007 à 23:59

Le pilote d’essai Charles A. Lindbergh a acquis une notoriété mondiale en mai 1927 : en solitaire, il rallie New-York à Paris au cours d’un vol sans escale. Neuf ans plus tard , il assiste aux jeux olympiques de Berlin, en présence de Hitler, qu’il considère « comme un grand homme »(1). En 1938, sur ordre du Führer, il reçoit la « croix de l’aigle allemand » des mains du maréchal Goering.

Quel rapport entre ces faits lointains et l’actualité du Proche-Orient ? Aucun , à première vue . Mais on pourrait y voir l’illustration d’un problème général, celui de la responsabilité de personnalités qui rendent visite à des dictateurs , à des chefs d’organisations criminelles ou à leurs représentants.

« On ne soupe pas avec le diable, même muni d’une longue cuillère »

Voilà une phrase qu’aurait dû méditer Ségolène Royal avant son séjour au Liban et sa rencontre avec un député du Hezbollah .Cet entretien cordial a été perçu en France, aux USA et en Israël comme une injure à la mémoire des centaines de victimes du mouvement terroriste, mis en accusation dans des attentats meurtriers et des enlèvements d’otages, et comme une manifestation de mépris à l’égard des familles des deux soldats israéliens enlevés le 12 juillet 2006.
Parmi les visites incongrues d’hommes politiques français dans cette région du monde, il faut citer celle de Jean-Marie Le Pen, président du Front national qui , en 1990, avant la première guerre du golfe, s’est rendu auprès de Saddam Hussein, et celle de Jack Lang , ancien ministre , diplomate autoproclamé qui , en 2006 , effectua une tournée en Syrie et en Iran.
Ces coups d’épée dans l’eau n’ont pas grandi leurs auteurs.

Le Hezbollah organisation terroriste et parti politique

Le Hezbollah, fondé en 1982, est considéré comme une organisation terroriste par les USA , le Canada, la Grande Bretagne, Israël et par le Parlement européen, mais non par le Conseil de l’Union Européenne , ni par l’ONU.(2) Son emblème est composé du mot Hezbollah (« parti de Dieu »), surmonté d’un fusil mitrailleur, proclamant sa nature guerrière.
La liste des actions qui lui sont imputées est longue :
-attentat contre l’ambassade américaine de Beyrouth en 1983 ( 63 morts)
-attentats contre la force multinationale en 1983 (248 morts américains et 58 morts français)
prises d’otages, dont celle du journaliste français Jean-Paul Kaufmann et du chercheur français Michel Seurat.
-affrontements armés au cours de la guerre civile libanaise de 1985 à 1990.
-guérilla au Sud Liban dans la zone occupée par Israël de 1990 à 2000 .
-attentats à Buenos Aires, en 1992 contre l’ambassade d’ Israël (29 morts) et en 1994 contre un centre culturel juif (86 morts)
-guerre larvée à la frontière nord d’Israël depuis 2000 en dépit du retrait israélien du Sud Liban , jusqu’à l’explosion de juillet 2006.

Mais le Hezbollah est aussi un parti politique avec ses députés au Parlement libanais et six ministres au gouvernement depuis juillet 2005 , ministres dont la démission récente a été le point de départ d’une crise nationale à l’issue imprévisible. C’est dans ce contexte que se situe l’entretien de Ségolène Royal avec le député du « parti de Dieu », Ali Ammar.

Tentatives d’explications

Pourquoi cette entrevue avec un représentant d’un parti dont le soutien par l’Iran des mollahs n’est un secret pour personne ?
On peut avancer plusieurs hypothèses.
- Ignorance des crimes du Hezbollah , mouvement terroriste reconnu comme tel par Lionel Jospin lui-même (les propos du premier ministre du gouvernement français devant des étudiants palestiniens au cours d’un séjour en Israël, avaient failli lui coûter la vie.) ?
Une telle méconnaissance de faits historiques apparaît impensable.
-Volonté de tourner la page vis-à-vis d’un parti régulièrement élu ?
Peut-être bien, mais dans cette logique il eût fallu qu’elle rencontrât les dirigeants du Hamas .
-Calcul électoral pour rallier ceux qui, en France, admirent le Hezbollah?
Cela n’est pas exclu.
-Amateurisme des conseillers de Ségolène Royal qui, par des voyages à l’étranger , espèrent la doter d’une stature internationale ?
Il est évident que ces périples au Chili, au Sénégal, au Liban, en Chine, au Canada, …..ont été bien mal préparés. La thèse de la maladresse des proches de Ségolène semble accréditée par l’annonce d’un remaniement de son état-major de campagne.
Mais peut-on imaginer que Laurent Fabius , Dominique Strauss-Kahn ou François Hollande auraient accepté d’accomplir une démarche aussi provocante, pour ne pas dire inepte?

En vérité , quelle que soit l’hypothèse retenue, il est clair que les habits de candidate à la Présidence de la République française sont trop grands pour Ségolène : celle qui a été une brillante députée à l’Assemblée Nationale, puis une honorable Présidente de la région Poitou-Charentes , a atteint avec ses ambitions élyséennes son « niveau d’incompétence », suivant le principe de Peter* .(3)

Les vrais coupables

Toujours est-il que cette visite mal venue à l’un des acolytes de Hassan Nasrallah s’inscrit dans une série noire, celle des gaffes successives de la candidate. Ces gaffes répétées, dont le calamiteux séjour au Liban n’est qu’un exemple, ont probablement altéré la confiance de certains militants qui avaient voté pour elle lors des élections primaires du parti socialiste.
Pourquoi tant de citoyens avertis se sont-ils prononcés en sa faveur ?
C’est une grande question. Peut-être ont-ils été séduits par son apparence ou encore ont -ils été mus par une volonté de changement ? La beauté, le sourire éclatant , une denture parfaite , une excellente diction , l’aisance , une immersion prolongée dans les milieux politiques, sont autant d’ atouts remarquables, mais ils ne peuvent conférer à celle qui les possède l’étoffe d’un chef d’état. Il y a dans l’histoire du monde d’ autres cas d’engouement irréfléchi aux conséquences dramatiques , dans le cas présent, une défaite cuisante du parti de Jean Jaurès et de Léon Blum.

Sans doute nombre de ceux qui l’ont désignée regrettent-ils leur choix, mais aujourd’hui il est trop tard. A l’instar du grand comédien , le truculent Pierre Brasseur (tenant le rôle de Frédérick Lemaitre dans le chef-d’œuvre de Marcel Carné « Les Enfants du paradis »), pointant un doigt accusateur sur les auteurs d’un mélodrame de piètre facture , les coupables , dirons-nous en désignant les militants du parti socialiste, les coupables ? les voilà !

* Principe universel suivant lequel , par exemple, la promotion d’un excellent ouvrier peut faire de lui un médiocre chef d’équipe.


1- Philip Roth Le complot contre l’Amérique Gallimard 2006
2-Wikipédia Hezbollah Janvier 2007
3-Laurence J. Peter et Raymond Hull Le principe de Peter Stock 1971
Lu sur GUYSEN : " ISRAEL NEWS "