31 octobre 2007

JUIFS DE FRANCE : ALORS HEUREUX ?

JUIFS DE FRANCE : ALORS HEUREUX ?

Juifs de France : Alors, heureux ?
Par Caroll Azoulay pour Guysen International News.
Par webmaster, mercredi 31 octobre 2007
Points de vue .

Sur Le BLOG de www.terredisrael.com

La communauté juive de France représente le laboratoire de
prédilection du sociologue Erik Cohen (1).
Depuis de nombreuses années, il tente, à travers études et
enquêtes, de brosser le portrait de ces juifs de Diaspora pas
comme les autres qui entretiennent un lien particulier avec
Israel et leur judaïsme. Son dernier ouvrage,
'heureux comme juifs en France' se propose de retracer les
grandes évolutions identitaires de cette communauté depuis les
soixante dernières années. Extraits choisis :

"Heureux comme D ieu en France !" avaient coutume de dire
les juifs d’Europe de l’Est qui espéraient pouvoir un jour
immigrer en France dans les années vingt.

"À l’aube des années 2000 nous avons voulu renverser la
tendance en demandant aux juifs s’ils étaient heureux en
France" explique Alain Michel le coéditeur de l’ouvrage,
'Heureux comme juifs en France'. "L’idée était de regarder les
choses autrement que par le prisme événementiel en adoptant
une vue plus large et plus globale".

Alors, contre toute attente, il semblerait en effet que les juifs
soient heureux en France. Les auteurs ne nous en voudrons
pas de révéler que 91 % des chefs de foyers juifs se déclarent
heureux (23 % très heureux, et 68 % heureux).
Une minorité ne se sent pas heureuse (7 % pas heureux et
près de 2 % pas du tout heureux). 89 % des chefs de foyers
juifs se déclarent satisfaits de leur vie.
Une minorité ne se sent pas satisfaite.

Mais attention, prévient l’auteur, le niveau de bonheur ressenti
appelé aussi " 'bien - être subjectif' est fortement corrélé avec
le sentiment de satisfaction de la vie".

Il serait en effet prétentieux de vouloir définir aussi abruptement
une notion philosophique que peu, d’élus sont parvenus à définir.

Que l’on se rassure, on parle donc bien ici d’un bonheur lié à
la qualité de vie matérielle.

D’ailleurs précise E.Cohen, "se déclarer heureux ne signifie pas
ne pas être inquiet". Et de préciser, "si les juifs de France se
disent globalement heureux, ils font également état d’un
sentiment profond d’inquiétude exprimant ainsi un bonheur
inquiet comme le nomme Ruut Veenhoven (2)".

Mais poursuit l’auteur de l’ouvrage, "il semble que l’inquiétude
soit une donnée de base de l’existence juive".

Pour preuve, les chefs de foyers juifs sont majoritairement
inquiets (11 % tres inquiets, 54 % inquiets, 28 % pas inquiets
et 7 % pas du tout inquiets). De là à penser que plus on est
inquiet et plus on est juif, il n’y aurait qu’un pas. Mais pourquoi
pas, puisque selon l’étude, ce seraient les aspects directement
liés à l’identité juive qui inquiéteraient en premier lieu les
juifs :le terrorisme, l’antisémitisme, le racisme et l’avenir
d'Israel. Plus de la moitié des juifs trouvent que ces facteurs
sont inquiétants en France, et 21 % des chefs de foyers déclarent
avoir personnellement souffert de l’antisémitisme au cours
des 5 dernières années.

Coédité par les éditions Elkana et le site Akadem,
cette nouvelle étude sociologique - présenté en avant-première
à Jérusalem le 20 septembre dernier - a bénéficié du soutien
du Fond Social Juif Unifié et a pour vocation de "devenir la
référence essentielle de toute connaissance du fait juif en France".

Une France dont la population juive représente la deuxième
diaspora après les États-Unis, dont la capitale est la 4e ville juive
du monde et le plus grand centre urbain de juifs séfarades.

Qui sont les juifs de France d’aujourd’hui ? Que croient-ils ?
Quelles sont leurs sensibilités politiques ? Comment se
projettent-ils dans l’avenir ?
Telles sont les questions auxquelles le sociologue apporte des
réponses, dont certaines d’entre elles sont parfois éclairées par
le suivi, sur plusieurs années, du même échantillon
représentatif de la population juive française.

Un fait rare dans le domaine des études sociologiques selon
Erik Cohen.

"C’est la première fois que l’on prend en considération un même
échantillon interviewé pour le questionner à nouveau quelques
années plus tard. On dispose ainsi d’une mesure générale de
l’évolution statistique tout en bénéficiant d’une personnalisation
de cette évolution. Une source de données des plus précieuses
sur la démographie juive. Car pour nous sociologues, si le
chiffre est important, ce qui compte c’est sa mise en perspective
et la possibilité de faire des comparaisons".

Le tableau 85 donne par exemple un bel aperçu de l’évolution
identitaire des juifs de France.

En 1988, 40 % des chefs de foyers juifs n’avaient aucune
intention de faire leur alya, en 2002 ils sont 58 %.
Par opposition, le pourcentage de ceux qui ont l’intention
de faire leur alya "très prochainement" a doublé depuis 1988
(3 % en 1988 et 6 % en 2002).

Le tableau 29 est un autre cas témoignant du changement,
politique, cette fois, de la sensibilité de la communauté juive.
Alors qu’ils étaient 44 % à s’affirmer de gauche en 2002,
les foyers juifs ne sont plus que 20 % en 2007.

Mais selon Erik Cohen, l’une des plus importantes "surprises"
de l’étude concerne la sphère éducative juive.

Alors qu’en 1988, 44 % des enfants de 3 à 19 ans étaient en
contact avec une institution éducative formelle ou informelle,
en 2002 ils sont 67 %. En 1950, 400 enfants fréquentaient
l’école juive et en 1978 ils étaient passés à près de 8 000.

"Aujourd’hui face à un enseignement public perçu comme
problématique, les écoles juives considérées comme des
refuges au plan de la sécurité, accueillent plus de 30 000
jeunes (30 % des élèves). Plus étonnant encore, l’enquête
révèle que le choix du privé par les familles juives se fait
tout autant au bénéfice des structures éducatives de
l’enseignement privé catholique (également 30 % en 2007)."

Autre élément passé au crible :
le comportement matrimonial des juifs de France.

En 1975, 63 % d’entre eux étaient mariés contre seulement 58 %
en 2002. Ils n’étaient que 1 % à être divorcés en 1975 et 9 %
en 2002. "La vie maritale, qui représente semble t-il,
un fait de civilisation, a atteint une proportion importante
au sein de la communauté juive de France, laquelle compte près
de 10 % de personnes vivant maritalement " explique Erik Cohen
qui précise par ailleurs, que ce comportement pourrait
s’assimiler à une "stratégie de survie communautaire".

"En effet lorsque l’on croise les données on s’aperçoit que
la plupart des personnes qui vivent maritalement le font avec
des conjoints non juifs. Ce statut intermédiaire permet de ne
pas blesser les parents, ou de ne pas contredire les préceptes
religieux".

Autre fait hautement intéressant, la définition sémantique
adoptée par les juifs au cours des trente dernières années
pour designer leur identité.

En 1977, 32 % d’entre eux se désignaient comme israélite,
contre seulement 5 % en 2002.
Cette modification traduirait-elle un changement profond
de la nature du juif en France ? L’auteur laisse le soin
aux lecteurs de décider par eux-mêmes en leur confiant
quantité de références, d’explications et de notes qui
permettent à chacun de penser librement et intelligemment.

(1) Erik H.Cohen est Docteur en sociologie et enseigne à
l’université Bar-Ilan près de Tel Aviv,
la culture en milieu jeune, le tourisme éducatif et les
méthodes de recherche. Il est en autre l’auteur de l’Étude
et l’Education juive en France (Cerf, 1991) et de la
Jeunesse juive entre la France et Israël (Observatoire du
monde juif, numéro 5 2005 avec Maurice Ifergan).

(2) Né en 1942,
Ruut Veenhoven possède une formation en sociologie
et psychologie sociale. Ruut Veenhoven a mis en place
un système complexe qui lui a permis de réunir l’une
des plus importantes banques de données sur le bonheur
dans le monde.