20 juin 2008

VENDREDI 20 JUIN 2008

Justice, Censure et Pétition

Par Sydney Touati pour Guysen International News
Jeudi 19 juin 2008 à 21:36


La pétition parue le 27 mai 2008 dans le « Nouvel Observateur » en soutien à Charles Enderlin, est exemplaire de l’attitude des responsables d’une certaine Presse et de son mode de fonctionnement.
On se souvient du terrible reportage diffusé le 30 septembre 2000 par Antenne 2 montrant « en direct » la mort de l’enfant Al Dura pris sous les tirs opposant israéliens et palestiniens. Le commentaire de Charles Enderlin (qui n’était pas présent sur le lieu du drame) greffé sur ces terribles images, ne laissait aucun doute sur l’origine des tirs. Pour lui l’enfant est la victime des balles israéliennes. Une expertise met cependant en cause l’authenticité de cette interprétation.

Ce film très bref a provoqué dans le monde une émotion considérable et a contribué à la diabolisation des Juifs et d’Israël.

Cour d’Appel de Paris : le principe de la liberté de critique validé.
Charles Enderlin, journaliste professionnel qui couvre le Moyen-Orient depuis de nombreuses années, ne peut ignorer que les palestiniens sont passés maîtres dans l’art de la manipulation des images à des fins idéologiques et politiques. A-t-il réellement pris toutes les précautions avant de passer ce terrible film ? A-t-il été l’objet d’une manipulation ? A-t-il commis une erreur voire une faute ?
Une polémique virulente, oppose ceux qui soutiennent le film et ceux qui estiment qu’il s’agit d’un faux. Charles Enderlin, s’estimant diffamé, a saisi la justice. Dans l’arrêt extrêmement argumenté qu’elle a rendu le 21 mai 2008, la Cour d’Appel de Paris a censuré le jugement rendu en première instance. Elle valide un principe qui est de règle dans toutes les grandes démocraties : le droit de critiquer librement les journalistes. Le reporter d’Antenne 2 a perdu ; la toute puissance de la censure que le « politiquement correct » fait régner sur notre pays a essuyé un sérieux revers.

La stratégie des censeurs : Judiciariser le « débat ».
Cette décision a provoqué une mini tempête dans le microcosme parisien. Selon une vieille tradition, on s’indigne ; on pétitionne, le but étant de préserver l’essentiel : ne pas débattre. Cette presse a pris l’habitude de régner de manière hégémonique sur l’information ; elle ne tolère aucun véritable dialogue. Quand la contradiction apparaît, elle organise la riposte ; comme les loups, elle attaque en bande.
Sa stratégie est limpide : dans un premier temps, enterrer sous l’épaisse couche du silence la pensée qui va à l’encontre du dogme ; puis, si le refoulement échoue, stigmatiser l’auteur, en faire un déviant qu’il faut non pas écouter, mais diaboliser. Au bout de ce processus, le contradicteur est transformé en ennemi. Passer alors à la troisième phase : coller les étiquettes infamantes telles celles de réac, néo-réac, communautariste…
Comme dans les régimes totalitaires, « l’opposition » est réduite à une forme de délinquance. Celui qui critique, entendez celui qui sort du dogme dominant, est traduit en justice. On enferme ainsi la libre critique dans la norme judiciaire. On criminalise le débat pour mieux l’occulter. Mais dans le cas dont il s’agit, la justice ne s’est pas prêtée au jeu. Elle a pleinement rempli son rôle ; elle a rappelé ce qu’était la règle dans une démocratie : la liberté de critique.
Nos modernes dévots, héritiers d’un totalitarisme qui a fait régner un véritable climat de terreur dans le monde intellectuel français pendant des décennies, (Le Livre noir des victimes de cette terreur est encore à écrire ! N’oublions pas que se sont ces méthodes qui sont parvenues à faire taire Albert Camus sur le sujet qui lui tenait le plus à cœur, la Guerre d’Algérie), ne s’avouent pas vaincu. Les adeptes du « politiquement correct » n’argumentent pas. Ils n’apportent aucune idée au soutien de leur cri. La vérité résulte pour eux non de la démonstration rationnelle mais du nombre des signatures (et du caractère prestigieux des signataires !) qu’ils peuvent aligner au bas d’un texte. La force « intellectuelle » de leur propos est fondée sur le nombre !
Héritiers de la pensée totalitaire, la vérité est pour eux le résultat d’un rapport de force ; la morale, une question de statut social. Ceux qui possèdent des titres ont a priori raison contre ceux qui n’en ont pas. Dans cette pétition, tout est poussé jusqu’à la caricature : les contradicteurs sont qualifiés « d’individus », c’est-à-dire d’êtres sans statut défini, sans position sociale élevée ; autrement dit, de « gueux », de « manants » ! A l’inverse, Charles Enderlin ne peut se tromper puisque c’est un « grand journaliste », qui plus est d’une chaîne publique ! C’est un « professionnel de l’information ». Pour nos pétitionnaires, ce « label » le place ipso facto au dessus de toute critique, de tout risque d’erreur ou de faute ! Enfin, les « signataires prestigieux » sont séparés de la masse des « pétitionnaires de base » !

Information ou propagande ?
La qualité professionnelle donne certes des droits, mais elle implique le respect scrupuleux des règles. Elle ne peut admettre la manipulation et le mépris du public. Il n’est pas certain que Charles Enderlin, en passant à une heure de grande écoute un reportage aussi dramatique que « la mort d’un enfant » filmée quasiment en direct, de surcroît dans un contexte extrêmement sensible, ait respecté toutes les règles de prudence et d’objectivité. Il n’est pas certain non plus, qu’en diffusant mondialement et gratuitement ce reportage, la chaîne publique n’ait pas franchi la frontière qui sépare l’information de la propagande.
Comme le rappelle Joel Fishmann (in “The subtext of the Muhammad al-Dura Affair” 30 nov. 2OO7) “Dans le monde musulman, ces images confirmaient le sentiment victimaire. A une échelle plus large, elles fournissaient un prétexte pour exercer des violences contre les Juifs, Israël et l’Occident. Par exemple, les meurtriers de Daniel Pearl introduisaient des images de Mohamed Al-Dura dans leur vidéo de l’exécution du journaliste américain… »
Face à la déferlante de haine et de violence que ce reportage a nourrie, Charles Enderlin a-t-il manifesté le moindre doute ? A-t-il fait part d’un quelconque regret ?
Il est vrai, nos pétitionnaires ne s’embarrassent pas de scrupules. L’histoire retiendra cette scène surréaliste, sommet de la mauvaise foi, où au cours de l’émission « Apostrophe » (A2 du 11 avril 1975), Jean Daniel (directeur du Nouvel Observateur) fait la leçon à Soljenitsyne parce que les propos du dissident soviétique risquaient de contrarier la politique d’union de la gauche prônée en ce temps par François Mitterrand ! Au« Taisez-vous Soljenitsyne » ! répond en écho le « Taisez-vous Karsenty » !
Espérons que la jurisprudence Karsenty marquera la fin de l’ère de la dictature du « politiquement correct ».
On peut rêver d’une presse réellement libre et imaginer qu’au lieu de pétitions assassines la parole soit donnée aux protagonistes afin qu’en toute connaissance de cause, le lecteur se prononce.
Rêvons d’un débat mettant face à face Enderlin et Karsenty…
Quel média relèvera ce défi ?

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