20 Juillet 2006 - Le Point .
“Un mot qui revient
Par Bernard-Henri LEVY, Le Point
“Un mot qui revient bizarrement dans les commentaires,
en Europe, de la riposte israélienne
a la déclaration de guerre du Hezbollah:
le mot “disproportion”.
Je ne suis, certes, pas grand expert en affaires militaires.
Et je pense évidemment, moi aussi, que chacune de
ces victimes civiles que l’on appelle pudiquement,
chez les strateges, “dommage collatéral;” est une tragédie.
Mais, cela étant dit, j’ai quand meme envie de demander a
ceux qui parlent ainsi comment ils réagiraient
si des commandos de terroristes venaient,
sur notre territoire, dans le plus total mépris,
voire la négation, de nos frontieres,
kidnapper des soldats français.
Si des villes comme Strasbourg, Lille ou Lyon
se trouvaient, comme Sderot, Ashkelon et,
maintenant, Haifa soumises a une pluie de katiouchas
faisant des dizaines – a l’échelle française des centaines –
d’autres victimes civiles dont le martyre vaut bien,
il me semble, celui des Libanais.
Si la capitale meme de notre pays se trouvait
a la portée de missiles moyenne portée Zelsal-1
servis par des artificiers iraniens dument missionnés
par Ahmadinejad et si l’on nous disait,
comme vient de le faire, a propos de Tel-Aviv,
le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah,
que frapper Paris n’est plus une hypothese d’école
mais un but de guerre prioritaire doublé d’une tache sainte.
J’ai envie de leur demander quelle était,
selon eux, la réaction proportionnée,
des lors que l’auteur de ce type de déclarations
et des frappes qui les accompagnent est,
de notoriété publique, inspiré, financé, armé
par un pays dont le président n’a jamais fait mystere
de sa double détermination a se doter de l’arme atomique et,
avec ou sans celle-ci, a rayer de la carte un Etat hébreu
intrinsequement pervers et criminel.
J’ai envie de leur demander encore comment
il était possible de batir une riposte qui eut épargné
un Liban redevenu, pour son malheur,
l’otage d’idéologues et de chefs de guerre irresponsables
qui n’ont eu de cesse que d’y construire,
en contradiction flagrante avec sa culture, son génie,
ses traditions de tolérance, de cosmopolitisme et de paix,
un Etat dans l’Etat qui est, d’abord, un Etat terroriste
et qui menace toute la région ainsi que, naturellement,
les Libanais eux-memes – j’ai envie de leur demander,
oui, comment l’on pouvait éviter d’intervenir
au Liban des lors que le gouvernement de celui-ci
compte plusieurs ministres Hezbollah
que son président, Emile Lahoud, affirme,
chaque fois qu’il en a l’occasion, sa solidarité
de principe avec les objectifs et la cause du Hezbollah;
que ses routes servent a acheminer roquettes,
lance-missiles et transports de troupe vers les lignes
de front et les fortins tenus par le Hezbollah;
et que c’est a partir des stations radar de ses aéroports
et, notamment, de celui de Beyrouth
que l’on localise les cibles maritimes israéliennes
que vont, comme la semaine derniere,
toucher les batteries Hezbollah.
Et puis, “dsproportion;”pour “isproportion;”
comment esquiver, pour finir, la vraie, la seule,
question qui vaille et qui est de savoir
ou sont, aujourd’hui, les progres concrets de l’esprit
de modération et de mesure que chacun appelle de ses v?ux;
chez les Israéliens, qui, sans etre, loin s’en faut,
des anges, se sont retirés du Liban il y a six ans,
de Gaza il y a six mois et sont prets,
dans une large majorité, dut-il leur en couter,
comme en ce moment, des avalanches de bombes
sur leurs villes et villages, a se retirer de Cisjordanie
pour voir s’y installer l’Etat palestinien en formation –
ou chez des fous de Dieu qui se moquent
comme d’une guigne de voir se former quelque
Etat palestinien que ce soit et n’ont, en réalité,
d’autre souci que de voir Israel disparaitre ?
Car la est bien la ligne de partage.
Et tel est l’enjeu, le seul enjeu, d’une guerre presque
plus radicale, en ce sens, que ne le furent les guerres
israélo-arabes précédentes.
D’un coté, les partisans de la cohabitation
de deux peuples apprenant, avec le temps,
sans illusions ni angélisme, a négocier, faire la paix,
puis peut-etre, un jour, s’entendre et s’aimer;
ce sont, en Palestine, les amis de Mahmoud Abbas;
c’est, dans le monde arabe en général,
un nombre croissant de dirigeants et de représentants
de l’opinion éclairée; et c’est l’essentiel,
droite et gauche confondues, d’une population d’Israel
qui a fini par comprendre qu’il n’y a pas d’autre voie,
a terme, que celle du partage de la terre.
Et, de l’autre, les jusqu’au-boutistes d’une cause
qui n’a plus qu’un tres lointain rapport,
et avec la cause nationale palestinienne,
et avec la souffrance qui la soutient:
c’est, a Gaza, le Hamas de Khaled Mechaal
et c’est, ici, au Liban, le Hezbollah –
ces deux piliers d’un fascislamisme
dont on ne répétera jamais assez que les marionnettistes
se cachent a Damas et, surtout a Téhéran
et dont les responsables sur le terrain sont visiblement
prets, si la victoire finale est a ce prix,
a se battre jusqu’au dernier Libanais,
Palestinien et, bien sur, Juif”.
Bernard - Henri LEVY .