07 novembre 2006

LA LAICITE

-Laicité

Histoire :

Le premier pas vers la laicité fut l'Edit de Nantes promulgué par Henri IV en 1598.
C'était un acte de souveraineté politique mettant fin aux guerres de religion qui avaient entraîné de nombreux massacres pendant pres de 40 ans. Pour la premiere fois, en France, on proclamait la liberté de conscience.
Par cet Edit, l'Etat, le roi, renonçait a imposer sa religion a l'ensemble des sujets.
Il veillait a maintenir l'équilibre et la paix entre les religions.
Henri IV l'avait compris, les religions ne sont pas pacifiques, jusqu'a nos jours elles ont été un facteur de conflit.
Mais ce n'est tout de meme pas la laicité au sens de 1905, car il organise quand meme la coexistence des religions.
La laicité de 1905 considere les religions comme individuelles et privées et n'organise rien.
L’Edit de Nantes a été révoqué par Louis XIV en 1685.

-Qu’est-ce que la laicité ?
C’est la protection d’une liberté individuelle fondamentale,

la liberté de conscience, pour reprendre les termes de l’article 1 de la loi de 1905, c’est-a-dire la liberté de croire ou de ne pas croire.
C’est la séparation des Églises et de l’État, deuxieme aspect de la loi de 1905.
Une séparation qui met le politique a l’abri des influences religieuses et qui interdit au politique toute ingérence dans le domaine religieux.
La laicité a incarné la prédominance de la raison, du libre arbitre et de l’esprit critique contre l’obscurantisme et contre les intégrismes.

-La laicité française, c’est avoir une conception de l’etre politique qui repose sur une autonomie de l’Etat par rapport aux religions.
En France l’autonomie du politique a du se conquérir dans un rapport tres conflictuel avec la religion dominante.
Mais cette séparation de 1905 du religieux et du politique est compatible avec des formes de reconnaissance du rôle des religions dans l’espace public.
La France, malgré ce que l’on peut entendre, a des longueurs d’avance en matiere de laicité car nous avons considéré les relations Etat-religions-société.

C’est a dire que l’autonomie du religieux et de l’Etat existe, tout en en y associant des accords entre autorités étatiques et autorités religieuses.

Et dans le cadre de la Loi 1905.
La laicité française tient compte des coopérations bénéfiques et avantageuses d’une reconnaissance et d’une participation des responsables religieux a la formation des citoyens et a l’exercice de cette citoyenneté dans la vie publique.

La République française reconnaît un certain nombre de religions en leur accordant par exemple des temps d’antenne sur une chaîne publique de télévision et sur des chaînes de radio publique.
A travers les contrats d’association, des établissements scolaires confessionnels participent au service public de l’Education Nationale.
L’acceptation de ‘carrés confessionnels’ dans les cimetieres témoigne aussi d’une forme de reconnaissance des religions dans des espaces publics, de meme que les réglementations pour l’abattage rituel dans les abattoirs.
L’Etat ou les régions (par les collectivités locales publiques), participe a l’entretien de structures cultuelles.
Il existe également des rencontres régulieres entre autorités politiques et autorités religieuses, que ce soit lors des cérémonies de nouvel an ou a l’occasion de rencontres entre les représentants de l’Etat et de telle ou telle religion.
Au Ministere de l’Intérieur comme au Ministere des Affaires Etrangeres, on entretient des relations suivies avec les représentants des cultes pour des affaires ou la coopération de ceux-ci est nécessaire.
De nombreuses personnalités politiques participent au dîner annuel du Crif.
Quant au Conseil Français du Culte Musulman, on connaît le rôle actif joué par Nicolas Sarkozy dans sa création.
Au plan local, les Maires des communes ont compris le rôle bénéfique que les différentes religions pouvaient jouer dans la vie sociale et culturelle de leur commune et entretiennent des relations régulieres avec les représentants des cultes comme représentants aussi de la société civile.

Tout en appliquant et respectant la loi de séparation des Eglises et de l’Etat, la Loi de 1905, la France pratique donc une coopération avec les religions, et reconnaît le rôle social et culturel des religions dans la vie nationale.
Notre laicité est donc capable d’intégrer positivement les apports sociaux, culturels et éthiques des religions soumises de toutes façons aux regles de la République.. Elle permet a la société de s’enrichir de ses différences.
La Loi de 1905 a donc donné une laicité d’intelligence et de reconnaissance.

Cette loi de 1905 fait l’objet aujourd’hui, d’une relative approbation.

C’est pourquoi l’idée de la réformer est irresponsable ou dangereux.

Maintenant s’il y a un sentiment de frustration des musulmans de France quant a leurs possibilités de construire des lieux de culte, il existe des moyens extremement concrets et dans le cadre de la loi de 1905, comme plusieurs municipalités l’ont démontré, pour remédier a ce probleme.
Le probleme n’est pas juridique, il est politique.

-Si l’Europe doit demeurer une chance pour la laicité,

c’est parce qu’en matiere de relations Etat-religions, l’Europe est plus laique qu’on ne le pense, non pas par soucis d’uniformité mais par crainte sans doute de perdre ses racines historiques !
La construction de l’Europe est a la recherche d’un équilibre du respect des principes fondamentaux.
La laicité est un des ces principes…. comme respect des Droits de l’Homme.
Ce dialogue entre spirituel et temporel a abouti a la reconnaissance de l’autonomie du monde religieux et a l’affirmation des droits de l’individu et de la liberté de penser.

Mais comme cette laicité culturelle a aussi une dimension géopolitique : il y a des résistances, des groupes intégristes, des mouvements fondamentalistes qui réagissent a ces évolutions et cherchent a les contrarier.
L’Europe doit rester laique au plan du droit et dans ses textes fondamentaux (comme la Convention des droits de l’homme). Elle doit le rester au plan politique, et dans ses mentalités.

-La laicité se voit exposée aujourd'hui a la poussée de l'intolérance et a la recrudescence de la xénophobie et du racisme. La religion devrait etre le langage qui relie...
Découvrir l'autre et vivre avec l'autre ne veut pas dire perdre son identité ou rejeter ses valeurs, cela veut dire concevoir une humanité plurielle...

Le développement de différences qui ne reconnaissent pas les codes de conduite implicites du fonctionnement de la société française et de ses institutions, (des mouvements notamment islamiques), qui peuvent fonctionner sans tenir compte des regles instituées par les Etats sur le plan national, c’est ce que refuse notre République…

Certaines religions ou courants de ces religions ne sont plus capables d'imposer des normes parfois meme a leurs fideles.
On observe alors un processus de division entre croyance et appartenance.
En ce sens, il est nécessaire de distinguer la communauté religieuse, qui reste ouverte, du communautarisme ou du repli communautaire.
Il existe des catholiques, des protestants, des juifs ou des musulmans qui arrivent tres bien a vivre leur foi comme une affaire privée et a respecter la neutralité de l’espace public, mais il y a aussi des intégristes qui combattent la République.

Pour le judaisme, par exemple, la loi de l’État est au-dessus de la loi religieuse. Et ce devrait en etre ainsi pour toutes les religions présentes sur notre sol français….

Les juifs ont un atout par rapport aux musulmans, c’est de pouvoir aller au dela d’une simple identification culturelle et linguistique, en passant au niveau du réel historique.
Il y a une réalité et une différence entre culturalité et historicité.
Les juifs de souche française sont sans doute une minorité, comme les juifs en sont une dans le monde, sans que leur rôle soit réduit en proportion.
Les juifs de souche française constituent le socle et le lien de la légitimité de la présence juive en France, de maniere continue, depuis le comtat venaissin.. avignon
Ils n’ont jamais quitté la France et ont été partie prenante de la culture française.

Il n’était pas nécessaire qu’ils soient tres nombreux pour assurer un rôle significatif au sein de la communauté juive en général et du judaisme en particulier.
Il faut recentrer la communauté juive de France vers son noyau historique.
C’est le lien entre cette communauté et la France, la France qui est donc autre chose qu’un pays d’accueil, la communauté juive est donc une force coexistante depuis des siecles (par ex : Rachi, un juif du 11e siecle)
Il y a les juifs des pays de l’Est, les juifs d’Afrique du Nord, et les juifs minoritaires de souche française mais qui représentent ce lien de la continuité de la présence juive en France.

Quand la France s’est voulue laique, elle était relativement soudée.
Dans la France post laique, si ses membres ne partagent plus les memes valeurs ou la meme Histoire, la laicité risque de céder au communautarisme.
La diversité est possible dans un pays qui sait rester uni

par des valeurs fondamentales communes.
Aujourd’hui il semble qu’il risque de se disloquer.