11 mars 2007

" JONATHAN " ROMAN de CLAUDE LEIBENSON

« Jonathan », roman de Claude Leibenson

Par Nicole Benaim pour Guysen Israël News

Jeudi 8 mars 2007


Ce roman a été inspiré par des faits réels.
Il témoigne de la vie d’une yeshiva* en Ukraine
au début du 20ème siècle.
Les différents courants de la pensée juive qui s’inscrivent
dans une époque tourmentée par les pogroms, y sont analysés .
« Jonathan » est aussi un roman d’amour qui s’achève avec
le départ du héros pour la Palestine.

Dans le tradition des romans en langue Yiddish,
Claude Leibenson nous fait pénétrer avec sensibilité et
justesse dans l’univers disparu des shtetls, ces bourgades
d’Europe Centrale et d’Europe de l’Est habitées par des
Juifs, avec leurs codes, leurs croyances, leurs souffrances.
Le monde juif du début du 20ème siècle est en pleine mutation,
avec l’espoir d’un avenir meilleur. On lit ce livre
d’aventure, lumineux et poétique d’une seule traite.

Un voyage peuplé de souvenirs
L’action se situe durant l’automne 1901,
dans un village d’Ukraine. Le héros Jonathan a 14ans.
Son père, talmudiste fervent, décide de l’envoyer étudier
à la yeshiva de Mir. Jonathan se destine au rabbinat.
Jonathan quitte son village natal, sa douce mère inquiète,
son père qu’il admire sans réserves et Rachel,
petite voisine orpheline de mère adoptée par les parents
de Jonathan, Rachel à laquelle il racontait des légendes
dont celle du roi Salomon.
Il part dans la charrette du paysan Fédor, va découvrir
émerveillé les champs de blé et de tournesol jaunes
car il ne connaît même pas les environs de sa maison.

Une yeshiva en Ukraine

Nous allons suivre Jonathan jusqu’à la yeshiva de Mir,
partager les émotions de cet adolescent pur et fragile,
élevé jusque là dans la prière et la crainte tout à la fois
méprisante et respectueuse des femmes.
Durant de longs mois il lit, traduit et commente le Talmud
avec d’autres garçons sous la direction chaleureuse
du Rosch (le maître).
Dans cet univers clos, ascétique, règne l’enthousiasme
et la joie. L’enseignement religieux y est fondé
sur le respect, la noblesse des rapports humains et la
transmission d’une pensée juive profonde.
Durant ses études Jonathan nouera une amitié solide
avec Johanan.
Ce dernier l’entraînera dans des séances secrètes
d’initiation aux mystères de la Kabbale.

Un environnement hostile

Mais Jonathan découvrira aussi le monde extérieur hostile
aux Juifs, le lynchage massif spontané ou prémédité des Juifs
avec destruction de leurs biens, maisons, boutiques,
centres religieux. En réaction à ces pogroms, vont s’affirmer
des courants de pensée opposés entre Juifs :
le Bund, mouvement socialiste révolutionnaire et le Sionisme .
En ce début du 20ème siècle,
l ‘idéologie sioniste se développe en Europe, malgré
l’opposition de la grande majorité des Juifs.
Jonathan va aussi rencontrer l’Amour avec Yoelle
et son destin va basculer. Après de nombreuses aventures,
il quittera l’Ukraine pour Jérusalem.

Dans la lignée d’écrivains juifs

Nous sommes dès la première page, plongés dans l’univers des écrivains de langue yiddish tels Chalom Aleikem, Isaac Barshevis Singer ou Israël Joshua Singer, pour ne citer que ceux-la.
Très vite nous comprenons que si le thème est semblable, si l’humour et la tendresse sont présents, le propos est ici différent . Il s’agit certes d’un roman, mais l’auteur travaille en anthropologue.
La vie dans une école juive d’Ukraine au début du 20éme siècle est minutieusement relatée . Claude Leibenson décrit avec enthousiasme et retenue ses protagonistes. Sont balayées les images de vieux juifs obscurantistes, distribuant un enseignement obsolète. Ici tout est lumière et exercices d’intelligence dans une atmosphère de paix et d’harmonie.
Dans ce monde en pleine mutation, Claude Leibenson centre l’intérêt sur les différents courants de la pensée juive qui se révèlent à Jonathan : le Bund, le Hassidisme, le Sionisme . Son érudition se rapportant à la vie et à la mystique juives est remarquable.

Tous les personnages deviennent attachants et familiers. On perçoit une grande authenticité qui vous émeut. De fait, le grand-père de l’auteur Claude Leibenson a été élève de la yeshiva de Mir en 1905, et les détails de la vie quotidienne , les pogroms nombreux en 1905, les séances d’initiation à la Kabbale sont tirés du récit de souvenirs.

L’auteur découpe son ouvrage en récits courts et denses, très imagés, d’une écriture cinématographique.
La simplicité voulue et le grand dépouillement contrastent avec, par instants, des passages lyriques et poétiques.

A l’intention des non initiés au Judaïsme.
*Yeshiva : école dans laquelle est dispensé un enseignement lié à l’étude du Talmud .
Talmud : recueil des lois et traditions juives accumulées de 200 ans avant JC à 500 après et leurs commentaires

Petit lexique des courants de la pensée juive
au début du 20ème siècle
en Europe Centrale et en Europe de l’Est.

Le Bund
Union générale des travailleurs de Lituanie, de Pologne et de Russie, parti politique socialiste juif, fondé à la fin du 19ème siècle dans l’Empire de Russie, s’est battu pour l’émancipation des travailleurs juifs dans le cadre d’un combat pour le socialisme. A pris part à la guerre civile aux côtés des bolcheviks et une grande partie de ses militants se ralliera au communisme. Le Bund a toujours été opposé au sionisme.

Le Sionisme
En 1896 Théodore Herzl écrit Der Judenstadt, l’Etat juif, texte fondateur du sionisme. La déclaration de Bâle en 1897 promulguera la création d’un foyer national juif, prélude à la fondation de l’Etat d’Israël le 14 mai 1948.
Le Hassidisme
Mouvement religieux juif fondé au 18ème siècle en Biélorussie et en Ukraine. Les hassidim organisés en communautés, insistent sur la communion joyeuse avec Dieu, en particulier par le chant et la danse.

La Kabbale
Tradition mystique philosophique et initiatique juive. Elle est présentée comme la Loi orale secrète donnée à Moïse sur le mont Sinaï en même temps que la Torah. Elle propose ses réponses aux questions essentielles concernant l’origine de l’univers, le rôle de l’homme et son devenir. Le Zohar est l’ouvrage majeur de la mystique juive, texte fondamental de la Kabbale.

Claude Leibenson est docteure en lettres. Elle a enseigné à Paris IV puis travaillé dans une grande galerie d’art moderne. Jonathan est son premier roman. Elle a publié chez l’Harmattan un essai : « Images de feu, images de sang dans le monde de Garcia Lorca » Elle achève un autre essai sur « le Féminin dans l’Art occidental »

Source

Claude Leibenson Jonathan. Des steppes d’Ukraine aux portes de Jérusalem, la cité bleue. L’harmattan. Collection Roman historique. 2006.

En marge du roman, Claude Leibenson explique :

La Yechiva de Mir a une histoire extraordinaire. C’était l’une des écoles juives les plus célèbres sous le régime tsariste. Durant la deuxième guerre mondiale, pour fuir les Nazis, qui pénétraient dans chaque village d’Ukraine et en tuaient systématiquement tous les habitants juifs, certains étudiants et leurs professeurs obtinrent en 1940, grâce au consul japonais Sugihira Senpo, un visa pour se rendre à Shanghai en transitant par Kobe. Ce consul qui a reçu le titre de « Juste des nations » en 1985 en Israël a ainsi délivré, contre la volonté de son gouvernement, 6000 visas et sauvé autant de vies.

C’est ainsi que fut fondée la nouvelle Yechiva de Mir à Shanghai.
En 1942, la venue en Asie de Joseph Meisinger, surnommé le « boucher de Varsovie », mettra à nouveau ces immigrés en danger de mort.
A la fin de la guerre, peu à peu, les étudiants et leurs maîtres, sont rentrés en Europe. Actuellement, deux « yeshiva de Mir » existent : l’une à Jerusalem , l’autre à New-York.
Lu sur GUYSEN " ISRAEL NEWS "