09 mars 2007

L'AFFAIRE Raymond Barre

Un étrange silence, l’Affaire Raymond Barre,
Editorial de la semaine du 10/03/2007
par Guy Senbel, pour Guysen Israël News

Vendredi 9 mars 2007 à 02:37


Cette semaine, nous voudrions attirer l’attention de nos lecteurs sur les propos tenus par Raymond Barre dans une interview diffusée le 1er mars dans l’émission "Le rendez-vous des politiques" sur "France Culture", dans laquelle l’ancien Premier ministre tint des propos antisémites.
Raymond Barre est un Premier ministre dont la France avait gardé un bon souvenir. S’il perdit l’élection présidentielle à laquelle il se présenta en 1988, il gagna l’image d’un homme doué et travailleur, d’un consciencieux commis de l’Etat, intègre et indépendant, intègre parce qu’indépendant.

Un ancien Premier ministre de la France a tenu des propos inacceptables sur les Juifs, et leur mémoire. Raymond Barre dénonce "la campagne qui a été faite par le lobby juif le plus lié à la gauche" en 1980 et considère qu’on a fait de Maurice Papon un "bouc émissaire" alors qu’il était "un grand commis de l’Etat" et non un criminel... Raymond Barre s’enfonce dans l’histoire de ses mots malheureux lors de l’attentat de la rue Copernic en 1980 et vante les mérites de Bruno Gollnisch, récemment condamné à deux mois de prison avec sursis pour négationnisme.

Raymond Barre a tenu des propos que nous avons l’habitude d’entendre dans le camp de l’extrême droite, solidaire de tous les négationnistes et nostalgique du pétainisme. Raymond Barre a tenu des propos que le Président de la République et les représentants des plus hautes autorités de l’Etat auraient dû condamner sans appel. Les responsables politiques français réagiront au moment qui leur semblera le plus opportun, comme l’UDF qui a fini par prendre conscience du préjudice que son silence pourrait causer à la candidature de François Bayrou.

Avec la tribune de Claude Lanzmann publiée dans l’édition de "Libération" du mardi 6 mars, et suite aux lettres envoyées par le président du CRIF aux candidats à la présidentielle pour leur demander de prendre publiquement position contre les déclarations de l'ancien Premier ministre, le silence continue de s’installer autour de l’affaire Raymond Barre. Parler de l’antisémitisme dans la campagne électorale ne serait peut-être pas stratégique. Condamner des propos antisémites, voilà qui ne serait donc pas fédérateur ou populaire ?

Pourtant, les propos antisémites relèvent du pénal. Pour SOS Racisme, le "lobby juif" dont parle Raymond Barre peut faire l’objet de poursuites. Cette affaire relève aussi de la morale. Le silence politique en est d’autant plus inquiétant.

Banalisé, l’antisémitisme deviendrait acceptable.

Au nom de l’image, une dangereuse hypocrisie politique s’installe.

Ce soir, nos pensées vont vers les familles des trois soldats d’Israël capturés depuis près de neuf mois, Ehoud Goldwasser, Eldad Reguev et Guilad Shalit. Nous partageons leur terrible angoisse, et nous espérons avec eux, un signe de vie.

Ce soir, nos pensées vont vers les familles des victimes de l’attentat de la rue Copernic, les Juifs de Bordeaux déportés un mois de juillet 1942. Ce soir, nos pensées vont vers six millions de Juifs assassinés parce que des hommes l’ont décidé. Parmi ces hommes, il y eut des Français. Parmi ces Français, il y eut Maurice Papon.

On ne peut pas être quelqu’un de bien, si l’on est un criminel.
On peut devenir quelqu’un de bien si l’on reconnaît ses erreurs,
ses égarements, si l’on corrige son entêtement.

Chabbat Shalom,
A la semaine prochaine…
Guy SEMBEL.